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La BD du geek : Légendes d’aujourd’hui par Pierre Christin et Enki Bilal

31 décembre 2009

Bonjour et bienvenue sur mon premier article. Un esprit curieux dans une bande dessinée est la valeur défendue par cet article. Un article pas comme les autres puisqu’il fait rêver tous les petits et grands enfants qui consomment des BD. Tu es un fanatique de BD ? Tu souffres d’insuffisance de lecture ? Le geek que je suis va essayer de sauver ta vie ;-). Et pour accomplir cette mission, je suis secondé par Pierre Christin et Enki Bilal. Ils ont réalisé une série de BD intitulée « Légendes d’aujourd’hui » suivie par « Fins de siècle », proposant une belle réflexion politique et philosophique. Nous voilà dans le sanctuaire de la BD, là où les geeks viennent chercher leur nourriture, là où les déboires des mauvaises journées sont oubliés au milieu des histoires fantastiques. Donc regardons de quoi se compose cette série :
-La croisière des oubliés
-Le vaisseau de pierre
-La ville qui n’existait pas
-Les phalanges de l’ordre noir
-Partie de chasse
-Et beaucoup d’amour et de tendresse bien sûr 😆
Allez ! On est parti pour le premier tome, il est croquant, frais et sucré. Tu t’installes où tu le souhaites pour lire cette BD. Chacun fait comme il veut, moi je m’allonge sur le canapé pour lire, c’est un truc de geek, comme ça je peux faire des petites siestes entre chaque épisode de la série. Mais ne fais pas comme moi, sinon après tu ne pourras pas aller à la plage cet été ;-). Voici l’histoire qui va te faire voyager dans les airs :

La croisière des oubliés
Un mystérieux individu, ennemi du pouvoir, est recherché activement par les autorités qui le nomment « 50/22 B ». Les usines de pâte à papier s’installent dans les Landes et rejettent leurs déchets. Les habitants du petit village de Liternos se plaignent de la promiscuité dérangeante du centre de recherche de l’armée qui fait des expériences. Un événement particulier, qui coïncide avec « 50/22 B », se produit : toutes les maisons du village s’envolent vers le ciel pour une croisière aérienne. L’armée sera contrainte de négocier avec les habitants le retour à la terre du village.
On peut parler de « fable anarcho-écologiste » puisqu’on sent que Pierre Christin et Enki Bilal critiquent les médias (l’ORTF et la masse de l’opinion publique. Quand l’AFP mène la course, tous les journaux suivent), ainsi que les autorités militaires par le biais du fantastique : en les métamorphosant symboliquement peu à peu d’humains en monstres. Cet album propose aussi du comique de répétition : le personnage du grand-père, cloué au lit, qui refuse de croire à l’envol de sa maison.

Désormais c’est le choc des cultures : les morts contre les vivants. En effet, la BD suivante va te plonger dans un monde où les morts reviennent sur Terre. Pas besoin de prendre un pack de protons pour lire cette BD, car si tu vois des trucs bizarres, des choses se télétransporter, des spectres, des fantômes, qui c’est que tu appelles ? « Le Vaisseau de Pierre » bien sûr ! Il n’y a pas que S.O.S Fantômes pour t’aider :cool:. Alors tu vas d’un geste assuré déclencher l’ouverture de ce tome.

Le vaisseau de pierre
Nous sommes en Bretagne. Le petit village portuaire de Lanouille mène une vie tranquille jusqu’à la venue d’investisseurs immobiliers assoiffés d’argent qui veulent détruire le cadre naturel originel pour en faire un immense centre touristique et économique via l’implantation d’une station balnéaire. Les travaux commencent mais un vieil ermite aveugle sort de son château abandonné, qu’il surnomme le vaisseau de pierre, et déclare le début des hostilités par un coup de fusil. « 50/22 B » participe. Tous les hommes et femmes morts sur le sol breton depuis la nuit des temps sortent de terre pour aider les habitants à déménager leur village aux confins de l’Amérique Latine.
Christin et Bilal critiquent ici les lois du marché et le problème de l’écologie. Les promoteurs sont égoïstes et racistes. Les effets de la guerre d’Algérie se font encore ressentir. La main d’œuvre maghrébine est rudement sous considérée (et dans son intervention télévisuelle, le préfet le montre bien).

Maintenant je vais te parler d’utopie et d’idéologie. Et comme cette philosophie l’indique, ça n’existe pas. Le bonheur ? Ah ah ah ! Le malheur ? Tout à fait ! Quand tu fermes les yeux, tu devines le merveilleux, mais quand tu les ouvres, tu constates que dehors ce n’est pas Disneyland. Il est de mon devoir de t’apprendre quelque chose qui risque de t’estomaquer : les gentils bisounours n’existent pas :cry:. C’est une utopie, et le troisième tome « La ville qui n’existe pas » aborde ce thème. En route pour le pays des merveilles :

La ville qui n’existait pas
Une petite ville ouvrière du nord de la France est troublée par la grève et menacée par les licenciements massifs. C’est la crise. Confrontée à la grève des employés, la fille du riche et défunt patron des usines de la ville de Jadencourt reprend les choses en main et rencontre tous les notables de la région pour débuter alors la création d’une ville “idéale”. La jeune femme, accompagnée par « 50/22 B », planifie la mise en place de la collectivisation et de l’autogestion de la ville. Une ville de rêve, où les enfants, les femmes et les hommes sont libres, égaux, heureux et sans souci. Mais l’utopie est génératrice d’ennuis. La collectivisation empêche l’initiative personnelle.
Christin et Bilal s’en prennent au capitalisme. Mais ils critiquent aussi l’utopie marxiste avec l’impossibilité d’aboutir à une ville parfaite. C’est la lutte des classes : le personnage du majordome est très dédaigneux vis-à-vis des ouvriers. Et pourtant, avec la fonte des classes réalisée, tout le monde s’ennuie dans une vie sans haine ni conflit. Un univers sans lutte des classes est-il vraiment empreint de liberté ?

Voilà une belle histoire qui se termine, et qui t’a permis de rêver d’une idéologie. Cela te donne envie de lire le prochain tome et tu peux déjà frissonner sur « Les phalanges de l’ordre noir ». Frissonner, comme le jeune geek frissonne en voyant la nouvelle BD que sa maman vient de lui offrir, ou il frissonne en apercevant un nouveau magazine que son papa a caché sous son lit :-D.

Les phalanges de l’ordre noir
Nous sommes en Espagne. Un petit village communiste de Vièves dans la province d’Aragon est entièrement détruit et ses habitants exécutés par un groupe d’anciens extrémistes de droite se faisant appeler « Les Phalanges de l’Ordre Noir ». A Londres, le journaliste sexagénaire Pritchard constate que ses anciens ennemis de la guerre d’Espagne appartiennent à cette organisation de terroristes. Il ressuscite alors son équipe d’autrefois de la XVème brigade internationale composée d’une dizaine de militants du parti communiste. C’est alors que s’enclenche une véritable chasse à l’homme avec les nécessités de la clandestinité. « 50/22 B » a repéré le groupuscule d’anciens franquistes. Cela se termine dans un bain de sang.
Christin et Bilal présentent une vision cynique et glaciale du destin de l’homme et de ses combats idéologiques absurdes. On peut, grâce à cette BD, sur le plan historique, narratif et esthétique, retrouver le climat politique des années dites « de plomb ». La bonne solution face au terrorisme est-elle forcément la violence ?

Le dernier épisode s’adresse à toi, l’enfant geek qui consomme des BD, et va te sauver puisqu’il va faire de toi une sorte de geek fort et puissant :-). C’est pour ça que le tome « Partie de chasse » est très important pour ta vie de tous les jours, puisque cette dernière histoire va te permettre de conclure sur les questions que Pierre Christin et Enki Bilal t’ont posées.

Partie de chasse
Nous sommes en Pologne aux environs de Krolówka, six années avant la chute du mur de Berlin, soit en 1983. Tchevtchenko, qui est un vétéran de la Révolution d’octobre, a organisé une partie de chasse d’un style stalinien dans la brume glacée des forêts soviétiques. Les invités se rencontrent au bar, ce qui donne l’occasion de se souvenir des luttes passées. Chaque personnage relate l’histoire des relations entre les pays frères et l’URSS. La chasse est interrompue par la mort « accidentelle » de Serguei Chavanidzé. Cette partie de chasse n’est en réalité qu’une mise en scène pour le meurtre d’un membre gênant. « 50/22 B » ne fait que deux apparitions touristiques rapides.
« Partie de chasse » retrace des horreurs du communisme étatique à l’Est. Pierre Christin et Enki Bilal nous plongent, par flashbacks, dans un passé fait de répressions, de crimes et de terreurs. Implicitement, toute l’absurdité du principe d’abolition des classes est dénoncée. Ces hauts dignitaires de l’union soviétique, ces « camarades », soulignent leur déception en utilisant un ton ironique : « cet excellent caviar rapporté de la grande patrie du socialisme réel ». Ces vieux compagnons usés rappellent beaucoup l’équipe de terroristes dans « Les Phalanges de l’ordre noir ».

Mais au fait, qui est donc ce « 50/22 B » ?
« 50/22 B » est une sorte d’ange, ayant pris part à tous les conflits et toutes les révolutions. Il est omniprésent, cependant son rôle n’est pas révélé . Qui est-il ? Une énigme laissée pour compte.

Et toi cher geek, quelle est ton idéologie ?
Apprécies-tu ces BD ? Es-tu d’accord avec Enki Bilal Pierre Christin ?

Et voilà, ce premier article est terminé, j’espère que tu as apprécié cette série de Pierre Christin et d’Enki Bilal, et surtout j’espère que ça t’a donné envie de lire ces BD ou de donner ton avis sur les questions posées. J’espère te retrouver très bientôt pour un nouvel article. Quant à moi je dois te laisser, parce que j’ai rendez-vous pour une enquête sur la malédiction du pharaon noir, et il paraît qu’ils ont besoin de moi ;-).

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18 commentaires leave one →
  1. stef808 permalink
    31 décembre 2009 16:02

    Uuuf !! tu commences fort ! avec d’excellentes BDs 😉
    Courage avec la malédiction et bonne année un tit peu en avance (une année riche en articles j’espère !)

  2. Syracuse Cat permalink
    1 janvier 2010 14:56

    Bienvenue, Raniver, et bonne année : je crois bien que mon papa a tout ça dans son placard aux merveilles. C’est bête je ne rentre pas chez mes parents avant quelques semaines… Mais j’ai bien l’intention d’aller voir tout ça de plus près dès que j’en aurai l’occasion !

  3. Lien Rag permalink*
    1 janvier 2010 17:12

    Je crois que sans cette série je n’aurais pas accroché autant la BD.
    Tu résumes parfaitement les problématiques des albums, notamment mes deux préférés, la ville qui n’existait pas et les phalanges de l’ordre noir. Ces deux là sont baignés d’une désillusion terrible ; elle n’apparaît pas directement, mais c’est le lecteur qui la ressentira en refermant chacun des livres et en essayant de faire le bilan de ce qu’il vient de lire.

    De 75 à 83, la qualité des récits de Christin comme le dessin de Bilal, ne cessent de s’améliorer au fur et à mesure de la série. La croisière des oubliés, par exemple, est une fable 68arde amusante, comme il y en a eu beaucoup à l’époque, mais ne serait pas restée dans les mémoires sans la suite. Les deux derniers épisodes (dont partie de chasse, sorti après une pause de 4 ans) sont considérés un peu à part, puisqu’aujourd’hui ils ne font plus officiellement partie des « légendes d’aujourd’hui ».
    Ceci dit, comme je l’avais déjà dit sur un autre post, il existe un 6e tome à cette série, avec le même « 50/22 B », Rumeur sur le Rouergue, écrit en 69, avec Tardi au dessin, et auquel le prologue de « la croisière.. » fait référence.

    Ah, et pour les fans de musique…

  4. Makuchu permalink
    1 janvier 2010 17:53

    Bienvenue, bonne année tout ça … 🙂

    Très bon choix de BDs, cette série est magistrale ! Même si de mon côté, il m’a fallu passé au dessus de ma répugnance pour les morts-vivants et la colorisation particulière du Vaisseau de pierre pour finalement le sortir du coffre paternel… (j’invoque l’indulgence du jury pour la gamine de 13 ans que j’étais) … Bref, après ça, je n’ai pas le choix, j’ai du toutes les lire ! (Et merci de m’avoir fait découvrir le fil rouge avec ce mystérieux « 50/22B », j’étais passée à côté…bizarrement, il ne s’agit pas de BDs que je relis, et du coup ça date tout ça …)

    Par contre, je m’interroge : sur quels critères une BD devient une BD de geek ? ^^

    • Raniver permalink
      2 janvier 2010 07:11

      C’est par rapport aux critères de la signification du terme geek 😉
      Le geek est une personne passionnée par un domaine qu’il s’agisse de Science Fiction, de Bandes Dessinées, de Série Télé, de Cinéma, de Jeux de rôle, ou autres. De plus, le geek aime partager sa passion avec les autres.
      Selon moi, en tant que geek que je suis, une BD devient une BD de geek si j’en parle aux autres en essayant de les motiver pour la lire, afin qu’ils puissent l’apprécier et pouvoir ensuite échanger nos avis. C’est le cas, par exemple, avec mon article sur Légendes d’aujourd’hui.
      Voilà pourquoi je parle de « La BD du geek » 🙂

  5. Makuchu permalink
    2 janvier 2010 10:01

    Okay, jolie définition bien complète 😉
    Donc finalement, ça dépend de la personne qui en parle et de son degré de passion pour la-dite BD …

  6. Lib permalink
    2 janvier 2010 11:51

    Mes amis britanniques m’appellent ‘theatre geek’ : le terme geek n’est donc pas seulement réservé aux informaticiens et autres fans de science, il peut s’appliquer à toute personne passionnée par n’importe quel sujet 🙂

  7. stef808 permalink
    2 janvier 2010 12:00

    @Lib… Cf. l’excellent (le sublime, que dis-je ?… le DIVIN !) exposé de Playne en cours d’anglais sur le « geek » 😉

    • Lib permalink
      2 janvier 2010 13:43

      Je n’y étais pas, mais je ne doute pas de la sublimissité de l’exposé de Playne !

      • playne permalink
        3 janvier 2010 20:02

        Hahahaha !
        Je m’absente deux semaines, et là paf ! On sort des dossiers sur mes exposés …

        Je tiens à préciser que l’exposé en question devait avoir un rapport avec les RH (on ne se refait pas, j’ai parlé des informaticiens et de la gestion de ces profils / du recrutement) … le tout avec un bonnet Totoro vissé sur le crâne et une peluche Totoro dans les bras. ça allait hyper bien avec mon t-shirt avec la blague en binaire 😉
        Pour en revenir à la choucroute, je +1 Lib, le geek est protéiforme (comme l’eau, ça coule de source…) et désigne plus largement une personne légèrement obsédée par un sujet particulier… Bon certes, c’est très très visible quand il s’agit de pc (des câbles enroulés autour du cou, un tournevis à la main et une souris sans fil dans l’autre…ça se repère !).
        En tout cas, bienvenue Raniver pour ce premier article rondement bien mené !
        D’autres BD pour nous autres nerds en prévision ?

      • Raniver permalink
        4 janvier 2010 06:07

        Quelle est la différence entre les geeks et les nerds ? ^^

      • playne permalink
        3 janvier 2010 20:04

        Il manquait « et bravo » dans ma dernière phrase, mais ça vous l’aviez sûrement repéré … 🙂

  8. Lib permalink
    4 janvier 2010 10:15

    Nerd, ça a une connotation beaucoup plus négative que geek – c’est entre le geek et le dork.
    Le nerd, c’est un geek, mais asocial, un peu obtus aussi.
    Le dork, c’est le même, mais con en plus :p

    Enfin, c’est la différence que moi je fais, si quelqu’un n’est pas d’accord, qu’il s’exprime !

    • Raniver permalink
      4 janvier 2010 11:27

      Je ne connaissais pas le terme « dork ».
      Il y a aussi le terme nolife.
      Le dork est-il une sorte de nolife ?

      • Lib permalink
        4 janvier 2010 12:10

        Oui, je dirais que le dork est un no life, avec toutes les connotations péjoratives que cela peut engendrer.

        Après, c’est aussi une question de point de vue : le geek d’un peut être le dork d’un autre…

  9. Makuchu permalink
    4 janvier 2010 18:08

    Je connaissais pas non plus le « dork » … On en apprends des choses ! 😉

  10. Syracuse Cat permalink
    5 janvier 2010 00:52

    Le geek, c’est chic. Le nerd, c’est plus poussiéreux. Plus solitaire aussi, sans doute. Moins enthousiaste, plus cérébral, peut-être… Ces deux termes ne s’excluent pas, on peut être l’un est l’autre.
    Le nerd est-il un geek niveau 2 ? Tous les nerds seraient alors des geeks, mais tous les geeks ne sont pas des nerds.

    Je divague. Mieux vaut que je retourne à mon terrier.

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