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Canterbury tales

24 décembre 2009

Il était une fois, en l’an de grâce 1963, dans un royaume lointain (de l’autre côté de la Manche, imaginez !), naquit dans l’indifférence générale un groupe d’adolescents, The Wilde Flowers. Inconnu au bataillon me direz-vous. Exact. Mais c’est de ce groupe, ou plutôt des deux groupes créés par sa dissolution, Soft Machine et Caravan, que partira un courant musical mésestimé, novateur, avant-gardiste, véritable raz-de-marée faisant encore des vagues aujourd’hui, j’ai nommé l’école de Canterbury. Si je vous dit rock, Angleterre et années 60/70, vous avez peut-être une impression de déjà entendu (vous pouvez penser aux Beatles, à Led Zeppelin, à Pink Floyd, voire même à King Crimson), mais c’est oublier cette scène, malheureusement occultée par la fertilité britannique de l’époque.

Mais qu’ont donc en commun ces groupes de la scène de Cantorbéry (il paraît que c’est l’orthographe française officielle …) me direz-vous ? D’abord, un rapprochement géographique, bien sûr, tous les membres de ces groupes ayant étudié à Canterbury et s’étant rencontrés là-bas. Mais c’est aussi un style propre, arborant une esthétique jazz, mais lui donnant une forme rock, psychédélique, expérimental, progressif, parfois pop, repoussant les limites des genres, et agrémenté de paroles absurdes, souvent simples élucubrations dadaïstes.

Reprenons donc où nous en étions. Soft Machine et Caravan, disais-je, résultants de la dissolution des fleurs sauvages. Comme la place ainsi que mon savoir sont limités, je vous parlerai surtout de la planète Soft Machine et de ses occupants (et aussi par pure subjectivité), car s’il est un groupe de la galaxie Canterbury qui a marqué les esprits et inspiré des générations de musiciens jusqu’à aujourd’hui, à l’influence comparable à un Pink Floyd, même si moins célèbre, c’est bien la machine molle.

Soft Machine (ainsi nommé en référence au roman de William S. Burroughs, ça affiche la couleur) est né, on le saura, à Canterbury, de la rencontre de l’organiste Mike Ratledge, du guitariste/bassiste Kevin Ayers, du batteur/chanteur (oui c’est possible !) Robert Wyatt, et du guitariste australien Daevid Allen, mauvaise influence de ces jeunes Britanniques, qui les initia au sex, drugs & jazz. Mais, à cause d’un problème de visa, Daevid Allen ne put rester en Angleterre , quitta donc le groupe et alla vivre en France. Mais nous reparlerons de lui. Au fil des années, Soft Machine sera surtout un groupe à géométrie très variable, les musiciens entrant et sortant au gré des albums (RIP Hugh Hopper, malheureusement disparu le même mois que Michael Jackson). Leur musique, quant à elle, partira d’un rock psychédélique pour aller de plus en plus vers le jazz. Petit aperçu du Soft Machine des débuts, Hope for happiness, extrait du premier album (Volume one) :

Je recommande tout particulièrement l’écoute du deuxième album (Volume two), suite de petites piécettes presque pop, surréalistes et encore assez dans l’esprit psychédélique du premier album, ainsi que du troisième album (point de Volume three, juste Third, allez comprendre), à l’opposé, longs morceaux progressifs lorgnant déjà fortement vers le jazz. Je ne résiste pas à l’envie de vous mettre le petit joyau qu’est Moon in June, extrait de Third :

Les deezer et compagnie sont malheureusement pauvres en Soft Machine, mais je vous conseille un petit tour sur ce site, avec pas mal de vidéos dans la rubrique « out of tunes ».

Maintenant parlons un peu de Robert Wyatt en particulier. Il quitta Soft Machine après le quatrième album, et commença à sortir des albums en son nom, et créa un nouveau groupe, Matching Mole (jeu de mots avec la traduction française de Soft Machine …), au style finalement assez proche de Soft Machine. Petit extrait, O’ Caroline, tiré du premier album :

Mais un soir, le 1er juin 1973 pour être précis, il tomba du quatrième étage et se cassa la colonne vertébrale. Pendant les longs mois d’hôpital qui suivirent, réalisant qu’il serait dans un fauteuil roulant pour le restant de sa vie (et qu’il devrait arrêter la batterie), il continua à travailler sur l’album qu’il préparait alors, profitant de chaque instant de libre pour s’échapper et jouer sur un vieux piano découvert dans une salle de l’hôpital. Rock Bottom vit finalement le jour le 26 juillet 1974, jour de son mariage. Inutile de dire que les évènements ont fortement marqué la musique de l’album. L’album est certes triste, poignant, mais toujours teinté d’espoir. En vrac, du jazz, du rock, un avant-gardisme subrepticement dissimulé, tout cela mélangé pour donner des ballades pop tout simplement sublimes. L’album regorge de petits secrets, comme une chanson repartant à l’envers en plein milieu, un rythme composé d’un chuchotement répétitif, une chanson doublée, reprise une deuxième fois pour être mieux déconstruite. Et cette voix les amis, cette voix ! Elle vient d’une autre planète. Bref, vous l’aurez compris, un chef d’œuvre parmi les chefs d’œuvre, intemporel (honnêtement vous auriez deviné la date en l’écoutant ?), le genre d’album à emporter obligatoirement sur une île déserte. Un petit extrait, Sea Song, dans une version revue et corrigée :

Le reste de sa discographie est bien sûr en retrait, mais son dernier album en date (de 2007), Comicopera, est excellent (avec notamment une reprise jazz-latino du fameux Hasta siempre comandante), et mérite également son coup d’oreille (après Rock Bottom bien sûr).

Maintenant, retour en France. Mais que faisait donc Daevid Allen pendant ce temps-là ? Il créa un groupe, Gong. Un des groupes fondateurs du « space-rock », sorte de rock halluciné et hallucinatoire, hyper planant, jazzy, et aussi parfois funky. Gong marquera notamment les esprits avec leur trilogie Radio Gnome Invisible (The Flying Teapot, Angel’s Egg, You). Et Gong existe encore ! Ils ont sorti un album en 2009, intitulé 2032, et font la tournée qui va avec. Petit aperçu avec The isle of everywhere, tiré de You :

Les musiciens de Gong jouèrent également sur un album de Dashiell Hedayat (plus tard connu en tant qu’écrivain sous un autre pseudonyme, Jack-Alain Léger), intitulé Obsolete, véritable trip psychédélique et répétitif, mêlant drogues et sexe.

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4 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    24 décembre 2009 09:07

    Je connais un peu Caravan, mais c’est surtout Camel qui m’a séduit (je conseille Mirage, ou Echoes, ou plus récemment/différent Harbour of Tears).

    Je vais tester ces groupes que tu conseilles, parce qu’on ne fait plus de musique comme ça de nos jours 🙂

    Jethro Tull ça rentre dans cette école ?

    • Ofboir permalink
      3 janvier 2010 18:04

      Jethro Tull je ne connais pas, donc je ne peux pas te dire. Mais le Canterbury, avant d’être un style, c’est surtout un microcosme où tout le monde se connait plus ou moins, où tout le monde à joué avec tout le monde. Des sortes de consanguins musicaux, finalement.
      Après oui il y a un style propre, qui fait partie de la plus grande famille du jazz/rock progressif, et d’autres groupes s’en rapprochent forcément. Donc il y a aussi les fils spirituels de l’école de Canterbury 🙂
      Bref, je ne suis pas un spécialiste des étiquettes, et la question « Canterbury ou pas ? » honnêtement je ne me la suis jamais vraiment posée (ni pour Jethro Tull, forcément je ne connais pas, mais j’écouterai, ni pour Camel, j’ai écouté un peu Mirage). Donc à toi de me dire.

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