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Shakespeare à la Comédie-Française

14 décembre 2009

Cosimo Mirco Magliocca

Avec cette nouvelle entrée au répertoire, la Comédie-Française revisite Shakespeare dans une nouvelle traduction, plein de verve et de belles trouvailles. Dynamique, endiablée même, la mise en scène d’Andrés Lima fait la part belle à une galerie de personnages à la fois grotesques et sympathiques et respecte l’univers aux mille facettes du Barde, de la comédie grivoise au surnaturel féerique.

Ce que l’on retient avant tout de cette production, c’est la qualité de la traduction, réalisée par Jean-Michel Déprats (traducteur de Soudain l’été dernier, que l’on a pu voir récemment au Théâtre de la Tempête) et de Jean-Pierre Richard. Une traduction qui reste fidèle au texte, mais surtout à l’esprit de la pièce, à la fois pleine de poésie et de grivoiseries – tout en refusant de sombrer dans une langue trop apprêtée, trop vieillote. Le pasteur gallois prend l’accent flamand et cite Jacques Brel au détour de ses répliques, le médecin français devient russe : ces tours de passe-passe linguistiques font de la version française une interprétation qui sait parler à un public français.

Seul bémol cependant : si ce jeu d’accents est savoureux, il l’emporte parfois sur la compréhension, et certaines répliques en deviennent difficiles à distinguer au milieu du brouhaha organisé que sont certaines scènes chorales. Cela ne pose pas problème lorsqu’il y a peu de monde sur les planches, mais lorsque l’atmosphère s’enflamme et que l’intrigue accélère, la troupe semble laisser son public sur place sans vraiment l’emporter avec elle.

Ce désordre apparent est essentiel aux Joyeuses Commères de Windsor : il donne chair à cette ambiance de filouterie mutuelle et de franche camaraderie qui est au coeur de la pièce. Si Falstaff est le personnage central, la galerie de seconds rôles qui gravite autour de lui font de la pièce une mordante comédie de moeurs, qui brocarde à la fois maris et femmes, serviteurs et maîtres, médecins et pasteurs… Excellente Madame Pétule, Catherine Hiegel joue la vieille servant roublarde avec une joie qui se communique rapidement au public. Ses scènes avec Bruno Raffaelli, qui campe un Falstaff truculent, font partie des meilleurs moments de la pièce. Sans oublier Serge Bagdassarian, dont l’interprétation hystérique du mari qui se croit cocu est un véritable tour de force.

Avec cette nouvelle pièce, la troupe de la Comédie-Française s’amuse, cela est évident. Ce plaisir de jouer peine parfois à rejoindre la salle, mais lorsque la magie s’opère, le rire est là, à la fois libérateur et moqueur. Car la critique de la société mise en scène par Shakespeare dans cette pièce n’est pas si obsolète que ça : tel est pris qui croyait prendre, nous disent Falstaff et les autres, et si la comédie se finit dans la bonne humeur, elle n’en est pas moins cruelle dans le regard qu’elle porte sur cette petite bourgeoisie si sûre d’elle.

Retrouvez cet article sur Artistik Rezo !

Petites infos pratiques :

Les Joyeuses Commères de Windsor
Texte de William Shakespeare, traduit par Jean-Michel Déprats et Jean-Pierre Richard
Mise en scène : Andrés Lima
Avec Catherine Hiegel, Catherine Sauval, Thierry Hancisse, Andrzej Seweryn, Cécile Brune, Bruno Raffaelli, Christian Blanc, Alexandre Pavloff…

Jusqu’au 2 mai 2010, en alternance
Durée : 3h
Tarifs : de 11 à 37€

La Comédie-Française
Salle Richelieu
Place Colette
75001 Paris

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4 commentaires leave one →
  1. Iwayado permalink
    14 décembre 2009 10:20

    J’aime beaucoup le comédien Bruno Raffaelli et Catherine Hiegel, alors les deux ensemble, ça doit être un bonheur!!
    [Aparté : filez tous voir la pièce, c’est la dernière fois que vous verrez jouer Catherine Hiegel (du moins à la comédie française)!!]

    Et tes réflexions sur la traduction m’ont rappelé le temps où nous faisions de la traduction d’Aristophane (plus graveleux, tu meurs) et que les auteurs continuaient de le traduire avec des longues phrases alambiquées qui n’auraient pas déplu aux précieuses ridicules, plutôt que d’aller dans le grossier.

    Et il y aurait encore beaucoup à dire sur ce moment précis d’une pièce de théâtre où les comédiens prennent du plaisir, mais où pour une raison ou pour une autre (souvent parce que de la salle c’est inaudible, ou parce que le public ne comprend pas bien telle ou telle nuance) ils lâchent leur public…. Bizarrement c’est à la comédie française que ça m’est le plus arrivé.

  2. Lib permalink
    14 décembre 2009 15:58

    Petite anecdote assez amusante que j’ai oublié de mentionner : une des deux servantes (rôles quasiment muets) est jouée par une de mes camarades de classe de lycée, qui est élève comédienne à la Comédie-Française – ça m’a fait grand plaisir de la voir sur la scène de la Salle Richelieu !

    Tu comptes allez voir la pièce, Iwayado ? Il me semble me rappeler un micmac avec des billets pour Les Joyeuses Commères…

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