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Merlin ou la Terre dévastée

9 décembre 2009

Créée à la Ferme du Buisson par le Collectif Les Possédés, la pièce Merlin ou la Terre dévastée est reprise au Théâtre de la Colline jusqu’au 19 décembre. Une fresque épique relatant les aventures des Chevaliers de la Table Ronde autour du Roi Arthur, qui devient très vite une réflexion sur la destinée de l’Homme, oscillant sans cesse entre grandeur et déchéance.

Dès la première scène, le ton est donné : nu comme un ver, au milieu de la scène, Merlin est façonné par le Diable son père, qui le met face à sa condition de mage visionnaire. C’est avec la même audace, le même ton décalé, la même extravagance que se déroulera la pièce, durant 3h30 d’instants de pure comédie, de grande tension dramatique ou encore de fantaisie surréaliste. Pas d’interdits ni de restrictions : très vite, le spectateur prend conscience que tout est possible, que la pièce va bien au-delà des limites du théâtre pour résonner de manière bien plus universelle en chacun de nous.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il semble dommage que le Théâtre de la Colline ait confiné les Possédés au Petit Théâtre : cette fresque-là a besoin d’espace pour vivre, pour respirer, pour donner toute la mesure de son ambition dramatique. La troupe s’empare avec une force presque animale de la pièce de Tankred Dorst et se l’approprie sans tabous ni complexes. Corps nus, ensanglantés, embourbés témoignent de cette volonté d’ancrer le public dans la réalité de ce qu’est l’homme. Associé à une jubilation du langage, ce choix visuel saisissant se fixe sur la rétine du spectateur et ce dernier, plongé dans l’univers réinventé de la cour du roi Arthur, n’en sort pas indemne.

Il y a du sublime dans cette production de Merlin ou la Terre dévastée. Une profonde envie de s’élever au dessus de la condition humaine – pour, bien souvent, retomber à terre avec plus de violence encore. Ainsi Merlin prend-il conscience de son impuissance face aux désirs des hommes, plus soucieux de leurs intérêts personnels que d’accomplir leur destinée. Ainsi Arthur reste-t-il un mari jaloux plus soucieux de préserver son couple que de rendre la justice, dont il se proclame pourtant le fondateur. Seul Perceval semble échapper à cette médiocrité des hommes – mais au prix d’une ostracisation de l’ordre des Chevaliers de la Table Ronde. Plus que des héros, ces personnages-là sont des individus pris dans la tourmente du mythe.

Pleine de bruit et de fureur, Merlin ou la Terre dévastée est une production ambitieuse – et réussie. Alors que les comédiens viennent saluer leur public conquis, celui-ci se rappellera pourquoi il aime le théâtre – ou bien ne manquera pas d’en tomber amoureux si ça n’était pas déjà le cas. Un incontournable cette saison, à ne pas manquer sous aucun prétexte.

Retrouvez cet article sur Artistik Rezo.

Quelques petites infos pratiques…

Merlin ou la Terre dévastée
Texte : Tankred Dorst, traduit par Hélène Mauler et René Zahnd
Mise en scène : Rodolphe Dana
Création du Collectif Les Possédés

Jusqu’au 19 décembre
Petit Théâtre
Durée : 3h40 (entracte non compris)
Du mardi au samedi à 19h30, le dimanche à 15h
Plein tarif 27€, le mardi 19€, moins de 30 ans et demandeurs d’emploi 13€

Théâtre de la Colline

15 rue Malte-Brun
Paris 20e
Réservations : 01 44 62 52 52
www.colline.fr

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5 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    9 décembre 2009 09:27

    4h………
    Quand même……….

    Faut être sûr de soi.
    Parce que si tu te plantes, t’as le choix entre 3h30 d’ennui et 27€ de pertes 😀

  2. Lib permalink
    9 décembre 2009 11:10

    13€ pour les moins de 30 ans 😉
    Sérieux, je redoutais un peu les 3h30, mais je ne me suis pas ennuyée une minute.

  3. Iwayado permalink
    11 décembre 2009 14:02

    ça me donne bien envie d’y aller, surtout le côté « déjanté » qu’on ne voit pas souvent au théâtre^^
    Et puis le travail sur le mythe, à la fois comique et sérieux, a l’air intéressant (et puis depuis une certaine série « K… », je me demande bien ce que ça peut donner, un Perceval qui ne soit pas médiocre.

    j’en profite, Lib (et les autres!), pour te dire qu’il y a Macbeth en anglais surtitré (mais tu n’en as pas besoin^^) qui passe dans ma lointaine banlieue, mis en scène par Declan Donnellan…

    • Lib permalink
      11 décembre 2009 17:58

      Dommage que ce soit si loin, j’aurais bien aimé le voir…
      Hier je suis allée voir Les Joyeuses Commères de Windsor à la CF, critique à suivre – quand j’aurai écrit celle de la Mélodie du Bonheur of course !

      Mais essaie d’aller voir Merlin, sérieux : d’une part, c’est 13€ les moins de 30 ans, donc ce n’est pas cher, et en plus, ce serait sympa de pouvoir en parler ensemble. Et je fais mon stage cette année à la Ferme du Buisson, où réside le Collectif Les Possédés et où ils ont créé cette production !

Trackbacks

  1. Lever de rideau sur la saison 2010 – 2011 au Théâtre de la Colline « Culture's Pub

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