Skip to content

They shot the prince, viva the imperator!

7 décembre 2009

Les gradins de la salle sont rouges. C’est à dire qu’on en devine la couleur à cause de l’absurde petit carré VIP, celui où aucune star ne vient jamais s’asseoir mais dont des ouvreurs aux airs de judas ischariotes refusent l’accès aux honnêtes gens. Le reste de la salle est plein à craquer, bruit comme une ruche, les clapotis des pintes de bière, les pas sur les marches métalliques couvrent la musique d’ambiance. L’on a désormais dépassé les deux premières parties (pourquoi deux ?) et le public est au comble de la tension, le moindre mouvement sur scène provoque un petit séisme et l’ingé son se fait porter aux nues plus qu’à son tour. Il y a de tout dans le public, des jeunes à la mode, mèche rebelle et Converses aux pieds, des materfamilias permanentées, un minuscule gamin avec son casque antibruit vert pomme vissé sur les oreilles. La musique d’ambiance se dissout lentement en même temps que la lumière, la scène reste seule sous les spots, retentit une inhabituelle musique inaugurale, bienvenue dans une film d’horreur. L’effet semble inadéquat mais n’en est pas moins spectaculaire. Des figures vêtues de noir se glissent sur scène dans le chaos sabbatique d’une fosse déjà conquise. Embarquement immédiat pour deux heures qui donnent un sens au terme « show ».

***

Franz Ferdinand, c’est d’abord un groupe de pop écossais, formé en 2001 et dont tout le monde a déjà entendu au moins Take me Out, presque tout le monde Matinee et Walk Away.
Franz Ferdinand, c’est ensuite Alex Kapranos, le chanteur, guitariste et fondateur du groupe, une voix profonde à la technique vocale atypique.
C’est enfin une évolution musicale complexe qui les mène en trois albums à passer d’un rock épuré à une pop dense mâtinée d’électro et chargée de basses. C’est leur dernier volet, Tonight, que les quatre musiciens venus du berceau de tous les rocks sont venus présenter au Zénith.

Une remarque liminaire s’impose ici. Malgré leur évolution musicale marquée, les Franz Ferdinand gardent encore – gardaient en ce qui concerne votre serviteur – l’image d’un groupe de pop certes énergique, certes efficace, mais dont la capacité à soulever un public aussi vaste, aussi gâté que celui du Zénith pouvait raisonnablement être remise en cause. Après tout, même au cours du remarquable concert de Massive Attack la salle était restée au mieux tiède.
Et pourtant, le miracle a eu lieu.

Dès la deuxième chanson du show, les silhouettes s’appuient sur l’un de leurs classiques pour gagner le public. Alex Kapranos joue les premiers accords de Dark of the Matinee, les musiciens suivent, la basse et la batterie marquent le rythme affirmé de la chanson… et la salle se lève, la fosse s’anime d’abord, un élan gigantesque, bien plus qu’un pogo, qui secoue le public jusqu’aux derniers rangs. Puis par contamination l’onde se prolonge, les rangées de gradins se mettent en mouvement l’une après l’autre. Au bout de 7 minutes de concert, le Zénith entier est debout et entonne avec le soliste « You take your white finger… ». La vague humaine ne sera pas apaisée avant la dernière minute du concert.

Dans l’intervalle, la tornade Alex Kapranos tient le public à bout de guitare. Il imprime le rythme de la fosse en sautant sur scène, l’illusion de la lumière fait croire qu’il s’envole presque jusqu’aux spots. Il parle, badine dans un excellent français que son accent rend plus plaisant encore, présente les musiciens, s’agenouille devant la fosse, fait chanter les premiers rangs du public dans le micro. Et transforme une énorme salle glacée en un petit public intimiste, uni par une même énergie.

L’on retiendra notamment la version épurée du début de Walk Away, première chanson de leur très réclamé rappel (vous pouvez arrêter la vidéo au bout de 1min30, mais ces premières secondes où la voix du chanteur accompagnée d’une simple guitare se mêle à la voix d’un public fasciné, sont inestimables). L’on retiendra également leur dernière chanson, qui débouche sur un long mix électro de plus d’une dizaine de minutes, pendant lesquelles le public toujours debout se laisse hypnotiser par le son et la vidéo colorée de l’arrière-plan.

***

Les silhouettes gainées de noir se lèvent une par une, le chanteur disparaît en premier, dans le son de la musique continuée par les autres. Le guitariste suit peu de temps après, le bassiste s’attarde puis les accompagne. Reste le batteur, pour un dernier superbe solo qui accompagne la trame de fond. La lumière s’éteint enfin, le son meurt, le dernier prince autrichien se lève, jette ses baguette dans le public et s’en va, pendant qu’un ultime rire démoniaque clôt le spectacle.

Ils reviendront humblement saluer leur public, comme des acteurs à la fin d’une pièce, avec le sourire satisfait d’artistes qui savent qu’ils ont réussi leur coup. Un sourire largement partagé par le public reconnaissant qui s’écoule à regret à travers les gradins rouges, dans la nuit et le crachin, sourd encore à tout, sauf aux accords qui résonnent dans le silence retrouvé.

Advertisements
3 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    7 décembre 2009 13:42

    Yes !
    J’y étais, en compagnie de Vuuv, et j’adhère à son billet comme l’oeuf à la poële quand c’est moi qui le fais cuire !

  2. 9 décembre 2009 05:58

    Et dire que j’ai manqué ça… je le rajouterais sur ma liste des concerts qui auraient put êtres les meilleurs concerts de ma vie. Juste en dessous des Daft Punk et de Shantel. Sinon la vidéo de Walk Away est terrible, c’est très particulier est agréable cette version épurée avec des gens qui gueulent leur joie de connaître les paroles. J’adore.

  3. Lib permalink
    9 décembre 2009 12:14

    Les Franz Ferdinand, je les avais manqués à Glasgow (je ne suis pas sure qu’ils y soient passés quand moi j’y étais d’ailleurs), et c’était vraiment un groupe qui manquait dans ma liste de concerts. Les voir sur scène, ça valait vraiment le coup. Rares sont les groupes qui maitrisent aussi bien leur voix et leurs instruments : souvent, on se dit que c’est chouette pour l’ambiance concert, mais le groupe, techniquement, n’est pas à la hauteur de l’album. Là, j’ai été soufflée.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :