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Soudain l’été dernier

25 novembre 2009

Au Théâtre de la Tempête, René Loyon met en scène une nouvelle traduction de la pièce de Tennessee Williams Soudain l’été dernier – une prenante histoire tragique de passions enfouies et de refoulements implicites.

Tennessee Williams est l’auteur magnifique de pièces telles que Un Tramway nommé désir ou La Chatte sur un toit brûlant, toutes célébrées à l’écran par de grands réalisateurs (Elia Kazan, John Mankiewicz, John Huston…) et de mythiques acteurs comme Marlon Brando, Liz Taylor ou Paul Newman… Des pièces aux thèmes sombres et perversifs, mettant en scène les plus profondes passions de l’être humain, de l’homosexualité à l’inceste, au travers de personnages terriblement seuls face à leurs tourments. Peut-être moins connue, Soudain l’été dernier est l’histoire tragique d’une famille déchirée par la mort d’un ses siens : toute l’intrigue tourne autour des circonstances de cette mort, qui hantent chaque protagoniste pour le mener à la révélation finale.

Au début des années 1930, dans le Sud des Etats-Unis, cher à Williams, Mrs Venable pleure la mort de son fils, Sebastian, tragiquement disparu l’été dernier. Les circonstances de sa disparition sont mystérieuses : seule la cousine du défunt, Katherine, a assisté à sa fin. Parce qu’elle refuse d’entendre la vérité racontée par la jeune fille, Mrs Venable la fait interner. La pièce commence alors que la vieille dame rencontre un jeune médecin, le Docteur Sugar, pour le convaincre de pratiquer une lobotomie sur sa nièce afin de la faire taire définitivement.

Toute la pièce est construite autour de cette mort inexpliquée, autour du savoir tabou de Katherine. Car les vérités qu’elle révélerait sur la vie de Sebastian ne sont pas admissibles par Mrs Venable. La pression psychologique qui pèse sur la jeune fille va donc au delà du traumatisme subi après avoir assisté à la mort de ce cousin qu’elle vénérait : elle se poursuit alors que sa famille refuse de la croire, que sa tante la fait passer pour folle pour la faire taire. Alors qu’elle a survécu au drame, la jeune femme est enterrée vivante par les siens.

Marie Delmarès, dans le rôle de Katherine, vous coupe le souffle. Plus la pièce avance, plus Katherine se rapproche de la révélation finale – et plus Delmarès fait monter cette tension presque insoutenable, jusqu’à porter les 15 dernières minutes de la représentation sur ses épaules. On reste suspendus à ses mots, à son récit passionné – quand elle nous raconte la mort de Sebastian, elle évoque la scène avec une puissance rare, et nous laisse à notre tour le souffle court.

Face à un jeu d’une telle force, dommage que le reste de la troupe soit inégal. En particulier Agathe Alexis et Igor Mendjisky qui, dans les rôles respectifs de Mrs Venable et du Docteur Sugar, manquent de substance. C’est regrettable, car une grande partie du génie de la pièce repose sur la relation entre Mrs Venable et Katherine, autour de la jalousie profonde qui anime Mrs Venable alors que sa nièce semble l’avoir supplantée dans le coeur de Sebastian avant sa mort.

Pour notre plus grand plaisir, Tennessee Williams est à l’honneur pour cette saison théâtrale parisienne. Cette production au Théâtre de la Tempête est pleine de qualités, mais hélas, elle manque de souffle et d’ambition, comme si la troupe n’avait que frôlé du doigt la grandeur tragique du dramaturge américain.

Retrouvez cet article sur Artistik Rezo

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