Skip to content

Et si on allait au théâtre ce soir? (1)

23 novembre 2009

« Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger »

Petite critique totalement subjective et absolument pas nuancée de l’Avare de Molière, joué à la Comédie Française et mis en scène par Catherine Hiegel.

Parlons un peu de théâtre, avec la pièce la plus classique, et peut être la plus étudiée par les jeunes têtes blondes que nous fûmes (ou pas) à l’école: l’Avare. Monter l’Avare est, pour un metteur en scène, un défi: parce que la pièce a été jouée des milliers de fois (2 538 représentations rien que pour la Comédie Française), et qu’on risque de refaire ce qui a été déjà fait maintes fois. Parce que, justement, elle est très connue, et que chaque lecteur aura déjà eu le temps de se faire une représentation des personnages, de leurs relations, de leur caractère, de leurs défauts.  C’est pourtant ce défi qu’a relevé Catherine Hiegel en montant l’Avare à la Comédie Française, et on peut dire qu’elle l’a réussi haut la main (ce qui m’oblige à être d’accord avec 3 commentateurs du masque et la plume, profitez en, ça n’arrivera pour ainsi dire jamais).

Un petit rappel du pitch de base pour ceux qui dormaient près du radiateur il y a quelques années (ou ont eu la chance d’étudier le Bourgeois Gentilhomme à la place) : la pièce se passe chez Harpagon, un avare notoire qui laisse ses enfants vivre dans la misère plutôt que de leur donner un peu d’argent. Valère se fait embaucher comme intendant chez Harpagon parce qu’il aime sa fille, Elise, qu’Harpagon destine pourtant au seigneur Anselme, jeune éphèbe de 60 ans qui a l’avantage de la prendre sans dot. Cléante, le fils d’Harpagon, est amoureux d’une jeune femme, Marianne, qu’Harpagon lui-même convoite.  Tous vont donc comploter pour empêcher ce double mariage, le tout étant doublé par une deuxième intrigue dans laquelle un serviteur d’Harpagon vole la cassette contenant son argent pour le punir de son avarice et de sa méchanceté, pendant qu’un autre essaie de se venger Valère, qui se retrouvera donc accusé du vol de la cassette, alors même qu’il pense qu’on lui reproche son amour pour la fille du maître de maison. Vous suivez ? C’est normal. Évidemment, tout se finit par une révélation fracassante : Valère et Marianne sont frères et sœurs, et les enfants du Seigneur Anselme par dessus le marché (n’allez pas parler à Molière de statistiques et probabilités, c’est pas son truc. Quand je pense qu’on m’a fait répéter pendant des années que le pilier du théâtre classique était le vraisemblable…).

"Hors d'ici tout à l'heure, et qu'on ne me réplique pas"

Bref, pour mettre en scène ces séries d’imbroglios, Catherine Hiegel a choisi le parti d’une mise en scène… classique : décors du XVIIe, vêtements du XVIIe. Bien sûr, ça n’a pas plu : pour une grande partie de la critique théâtrale française, faire une mise en scène classique est le révélateur du plus grand défaut que peut avoir un théâtreux: le manque d’imagination. Il aurait fallu faire jouer Valère nu en train de mimer un coït avec Elise, ou réciter son texte en se balançant, tel tarzan, au bout d’une corde. Ou faire d’Harpagon un nazi / communiste stalinien / chef d’une grande compagnie pétrolière / trader cupide (rayez les mentions inutiles) pour qu’on voie bien le message de la pièce. Catherine Hiegel s’en explique : pour elle, nul besoin de transporter la pièce dans un contexte contemporain pour que le spectateur comprenne qu’elle est encore d’actualité :  il n’est pas stupide, et le comprend bien tout seul. Et effectivement, en regardant la pièce, on saisit assez bien le message.

L’intérêt de cette mise en scène est d’ailleurs que C. Hiegel nous donne une relecture, une nouvelle lecture, plutôt, du personnage central : Harpagon. De vieux grincheux triste, il devient jeune dans sa tête (bon, il a encore ses 60 années et quelques, rassurons nous), et surtout plus gai : il jouit, quasi littéralement, de son argent, il sautille partout, il est méchant plus qu’il n’est malheureux. Le moment de la grande tirade (pompée mot pour mot sur Plaute, oui je le dis juste parce qu’on m’a forcée à l’apprendre par cœur, en latin, et que j’en suis encore traumatisée) est particulièrement intéressant : prenant acte du fait que le personnage s’adresse au public, Catherine Hiegel fait faire à Podalydes quelque chose de juste incroyable : mais je n’en dis pas plus, je vous laisse la surprise.

Denis Podalydes essaie de draguer avec des lunettes. Epic fail.

Denys Podalydes, d’ailleurs, joue, comme toujours, merveilleusement, et nous fait vraiment croire qu’il a 60 ans. Les deux autres rôles masculins, et le rôle de l’entremetteuse, sont également très bien portés par les comédiens (mais il faut bien reconnaître qu’ils servent un peu de faire-valoir au rôle d’Harpagon, et encore plus quand il est endossé par quelqu’un comme Podalydes). Les deux comédiennes principales, en revanche, gagneraient à mon sens à jouer dans un registre moins déclamatoire, plus intime.

Bref, un conseil : allez voir la pièce : ça vous rappellera de bons souvenirs, et, plus important que tout : elle reste encore très, très drôle.

Advertisements
5 commentaires leave one →
  1. Makuchu permalink
    23 novembre 2009 18:27

    J’ai vu une version où Valère mimait effectivement un coït avec Elise il y a quelques années … et ben c’était à mourir de rire ! 🙂

  2. Lib permalink
    13 décembre 2009 21:35

    Bonne nouvelle pour ceux qui auraient bien aimé voir L’Avare à la Comédie-Française, mais n’en ont pas eu l’occasion : la pièce sera retransmise en direct sur France 2 pour Noël, dans le cadre d’un accord entre la Comédie-Française et France Télévisions.

    • Iwayado permalink
      13 décembre 2009 23:22

      D’ailleurs dans la série Comédie Française (je voulais aussi écrire quelque chose dessus, il faudrait songer à créer une catégorie « brèves » sur ce site), une affaire qui fait beaucoup de bruit: Catherine Hiegel (la metteuse en scène de l’avare), Michel Robin, Pierre Vial et Isabelle Gardien ont été remerciés, comprendre virés de la comédie française.
      http://blog.lefigaro.fr/theatre/2009/12/catherine-hiegel-madame-le-doy.html

      • Lib permalink
        14 décembre 2009 16:00

        Je le dis parce que je l’ai vu jouer jeudi, mais Catherine Hiegel, c’est une grande perte pour la CF. Quelle grande comédienne.

  3. Lib permalink
    21 décembre 2009 16:15

    C’est le 26 décembre, la captation en direct de L’Avare, sur France 2.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :