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Science Fiction Infuse (2) – Wang de Pierre Bordage

16 novembre 2009

cover_19 Novembre 1989. Le mur de Berlin est tombé. Le mur est mort, vive les murs ? Car l’humanité ne semble pas avoir fini d’en construire, que cela soit par souci d’isolement, pour se protéger de son voisin trop différent…

Le roman « Wang » est un roman d’anticipation qui pousse cette logique à son paroxysme :

Année 2212. La planète est divisée en 2 par le REM, barrière électromagnétique infranchissable, érigée par l’Occident (L’Europe, les USA et Israël). Le reste du monde est en proie à la misère, au refus de la science, à l’obscurantisme religieux et aux mafias.

Suite à une croisade asiatique malheureuse avant l’édification du REM, toute une population d’origine chinoise, thaï, vietnamienne, coréenne, tibétaine, mongole, ect. s’est retrouvée déracinée et entassée dans un immense bidonville qui court  le long du rideau s’étirant des côtes Baltiques jusqu’en Grèce. Les néo-triades y font leur loi et la misère règne. La prostitution est le lot quotidien de beaucoup de femmes, voire d’hommes. Personne ne vit très vieux… A l’exception, peut-être, de Grand-Maman Li. Vielle femme au caractère d’acier, elle veille sur son petit fils, Wang, jeune chinois âgé de 17 ans, auquel elle a enseigné ses préceptes de sagesse sous la forme d’un « Tao de la survie ». Cependant, elle a aussi un penchant pour la cigarette, denrée de contrebande qui poussera Wang à braver les lois de la triade locale pour lui en procurer … et à s’exiler pour sauver sa vie.

wang1

Deux fois par an, à Most, en Bohème, une porte s’ouvre dans le REM. Une foule immense « d’immigrants » tentent alors leur chance. Personne ne sait ce qu’ils deviennent. Des corps sont retrouvés le long du mur les jours suivants.

Ce jour d’hiver, Wang et la belle tibétaine Lhassa, qu’il a sauvée de ses tourmenteurs sur le chemin de son périple, sont du nombre. Ils découvriront le « miracle  » occidental : confort pour tous, contrôle du climat, espérance de vie prolongée, une société paisible où les rapports physiques sont déconseillés et où l’amour est devenu virtuel. Mais en tant qu’immigrés, ils n’ont que le droit de servir leur nouveaux maîtres…

Wang, sans nouvelle de Lhassa, est enrôlé dans l’armée française des prochain Jeux Uchroniques. Sous ce nom se cache une manifestation sanglante qui voit 2 armées d’immigrés  s’affronter sous le thème des guerres du passé, sous la houlette de « stratèges » défendant les couleurs d’une nation. La société occidentale, qui vit au rythme de ces jeux, les ressentent également en vampirisant les émotions des pauvres diables qu’ils ont envoyés se faire trucider, confortablement installés dans leurs sensors. L’issue des jeux décide pour les deux ans à venir de la mode, de l’orientation des arts… et de la politique dans toute l’enclave du REM.

Wang, petit grain de sable dans la mécanique occidentale, simplement armé du « Tao de la survie » de ces ancêtres, et aidé de mystérieux alliés invisibles arrivera t-il à se maintenir en vie ? Voir à plus ?

Wang est un roman sympathique en 2 tomes, facile à lire, d’un des rares maîtres français de science-fiction. Les idées sont intéressantes, (à défaut d’être originales) : séparation des peuples, folie religieuse, loi du plus violent, critique au vitriol de la société occidentale et sa recherche de l’aseptisation, de la « télé-réalité », du précepte : « du pain et des jeux », du racisme, de l’exploitation de l’homme par l’homme et j’en passe. Le tout donne un cocktail explosif, et les actions s’enchaînent sans temps mort. La mise en scène de jeux uchroniques (même si, là aussi, c’est un concept très utilisé en SF) donne du relief au roman et fournit le petit plus qui fait passer un livre de la catégorie « bien » à « très bien ». La deuxième partie est, à mon avis, moins prenante, et le dénouement reste prévisible, mais on passe d’agréables moments, et on peu même y trouver de quoi méditer 😉

Par contre, comme toujours avec Bordage, les scène de viols, collectif ou non, se suivent et se ressemblent… Je crois que c’est ce qui a fini par « m’user » chez cet auteur, mais parmi toutes ses œuvres que j’ai eu l’occasion de lire, Wang est l’une de celles que je relis le plus facilement. Donc n’hésitez pas !

Wang :

  • Tome 1 : « Les portes de L’occident »
  • Tome 2 : « Les aigles d’Orient »

Extraits

Pour en lire plus :

  • Les derniers hommes : l’errance d’un peuple dans une Europe post-apocalyptique. Idéal pour aborder l’oeuvre de Bordage.
  • Les guerrier du silence, l’œuvre la plus connue de l’auteur et avec raison !
  • Abzalon et sa suite Orchéron : 200 années de voyage dans les planètes entre proscrits : prisonniers de droit commun et survivants d’une société patriarcale et polygame. Les plus violents ne sont pas forcément ceux que l’on croit…
  • Porteurs d’âmes : des « scientifiques » ont trouvé la possibilité de voyager par l’esprit dans le corps d’autres d’humains…

. Wang, Pierre Bordage, Editions J’ai lu, Prix Tour Eiffel 1997.

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11 commentaires leave one →
  1. 16 novembre 2009 22:23

    Wouaw ! Ca donne envie de lire tout ça ! Merci et bravo, miss ! Dommage que ne sache que très mal lire, surtout quand il y a plus de 200 pages ! 😉
    Juste une tit’question tout d’même ! « Lhassa », c’est sans doute pas un choix délibéré de la part de l’auteur… alors, serait-il abscons ? Je veux dire par là : l’auteur serait-il l’un de ces mille artistes à voir en Bouddha l’issue de ce monde en déperdition qu’il dépeint, dans lequel le moins pire des systèmes jamais inventés (« Démocratie ») tue tout autant que toutes vétustes théocraties/dictatures/monarchies/anarchies/oligarchie/etc. ? Non, parce qu’au nom de Bouddha, l’Histoire en a aussi beaucoup créé des misères et des cadavres !
    « ? » -> je mets là mon point d’interrogation, parce que je sais pas trop où le foutre dans mon texte ! 😉

    Quoiqu’il en soit, c’est bien zoziotte ! Continue et chapeau bas !

  2. Ofboir permalink
    17 novembre 2009 19:02

    C’est marrant, je sais pas pourquoi, mais quand je lis la partie où tu dis que c’est un livre sympa, avec des idées intéressantes, etc, j’attends le mais.
    Sinon ça me fait pas mal penser à Globalia tout ce que tu racontes là. Tu l’as lu ? Rufin se serait-il méchamment inspiré ?

  3. Makuchu permalink
    17 novembre 2009 19:08

    Je vais essayer de répondre, malgré la volonté affichée de me mettre en difficulté 😉

    2 possibilités, donc : un choix délibéré dans le but de promouvoir une religion, et de l’autre un hasard total ?

    Prenons le cas « naïf » : L’auteur a choisi pour son roman de suivre un héros Chinois. Il pense à y introduire une histoire d’amour, car mine de rien, c’est un ingrédient qui donne toujours un petit goût à l’histoire, comme les épices… (je sens que je vais re-lancer un débat là …). Donc, il veut une histoire d’amour. Quelle copine pour son chinois ? Tant qu’à faire, pour une histoire qui met en relief la séparation des peuples et les incompréhensions entre eux, autant prendre une tibétaine… Ensuite, comment l’appeler ? Plutôt que de la baptiser sommairement d’un nom bateau à consonance asiatique (comme Wang, un peu ^^), pourquoi pas le nom de la capitale de son peuple ? Ça aura le mérite de rappeler au lecteur que ces peuples asiatiques dont on parle sont déracinés de chez eux, et que beaucoup cultivent le mythe du « retour au pays »… (Et puis en plus, ça finit en « a », ça a toujours beaucoup de succès pour un prénom féminin…). Et hop, une « Lhassa » dans l’histoire, sans forcément trop de sous-entendus ! Facile, non ?

    En tout logique, il faut maintenant prendre le 2e cas, soit l’auteur à délibérément choisi ce prénom, avec plus d’intention que le simple fait de signifier que ce personnage est d’origine tibétaine ? Je dois commencer à dire que Bordage est très, très critique avec les religions dans ses livres, quelles qu’elles soient, « réelles » ou inventées pour les besoins de l’histoire. Il met très souvent en scène les dérives possibles de l’intégrisme religieux, voir tout simplement les préjugés auxquels elles peuvent amener. Tout ça pour dire que je le vois mal faire de la « propagande » pour une religion.

    Après, en contre-attaque, soulignons l’importance du « Tao » dans l’histoire, ainsi que la fin même du livre… Ah ben oups, je peux pas spoiler comme ça ! Je dirais juste « de mon point de vue personnel, gnagnagna… » : je prends plus les références à la culture bouddhique du roman comme une invitation à la sagesse, et pas comme comme une injonction de tout planter pour aller élever des yacks dans l’Himalaya (quoique ça pourrait être drôle — sauf si tout le monde a la même idée, on va être nombreux sur le toit du monde !–)

    Et pour finir : que veut dire pour toi le mot « abscons » ? Pour moi c’est un synonyme de « complexité illogique », mais je dois me tromper, car je ne vois pas trop le rapport ? 🙂

    • Syracuse Cat permalink
      18 novembre 2009 14:02

      Les épices, c’est bon. Je dirai même plus, c’est essentiel.

  4. Makuchu permalink
    17 novembre 2009 19:11

    Pour Globalia, je l’ai pas lu (malgré les injonctions de Ded, je crois bien), du coup je pourrait pas dire. Va falloir que j’y remédie pour pouvoir te répondre.

    Par contre, au vue des dates de publications, c’est effectivement un peu louche. Ensuite, comme je le disais dans le post, l’idée de « séparer des mondes et voir ce que ça fait », c’est pas très nouveau en SF… (voilà pour le mais : j’aime beaucoup ce livre, mais je peux pas le hisser au palmarès de mes livres « fétiches » à cause de son manque criant d’originalité…Comment ça trop exigeante ???)

  5. 18 novembre 2009 00:23

    Le bouddhisme, pour beaucoup d’occidentaux, est une « philosophie », une « spiritualité », plus qu’une religion… sauf que C’EST UNE RELIGION… et beaucoup de gens du genre utilisent ce préjugé occidental (et bizarre) pour en faire leur propagande… Oserai-je prononcer le nom de « Matthieu Ricard » ? Trop tard…
    Madonna, JJ. Annaud, etc.. Nombreux sont ceux (artistes naïfo-paumés comme intellectuels) qui tombent dans ce piège ! Je conseille d’ailleurs l’un des livres de Fréderic Lenoir (‘sais pu comment qu’il s’appelle !) sur la question… très peu objectif (= pas dans mon sens ;-)), mais néanmoins, pris au degré 2, très intéressant ! De même, voici un autre point de vue, tout aussi propagandiste quoiqu’antagoniste (mais toujours pas dans mon sens !) : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2008/04/je-ne-suis-pas-daccord-avec-le-boycott-des-jeux-de-pekin-et-la-propagande-anti-chinoise/
    Bref ! Quoiqu’il en soit, tu m’as donné les réponses que je voulais (parfois malgré toi [en privé]… hihi… mais je ne spoilerai point !). Et, si je voulais être un être objectif, je lirai ce joli livre pour m’en faire ma propre idée… sauf que… 2 tomes, c’est malheureusement trop pour l’être anonymo-inculturé que je suis… Je resterai donc dans l’ignorance complète et m’endormirai con chaque nuit, jusqu’à ma fin ! Triste.
    Biz’ et bravo à toi, et à la prochaine !
    Le trolleur des dames !

    • Lien Rag permalink*
      18 novembre 2009 09:00

      Madonna c’est pas plutôt la Kabbale son truc ? :p

  6. 18 novembre 2009 00:56

    PS : « abscons » signifie « obscur ». Sauf qu' »obscur » c’est plus pour une salle ou un endroit… « abscons », c’est plus pour des idées… m’enfin, si tu préfères, entendons-nous sur : « idées noires » ! Et là, tu comprendras tout’seule… 😉

    • Lien Rag permalink*
      18 novembre 2009 09:08

      Nan mais même avec des synonymes d’abscons, je ne vois pas ce que tu veux dire… C’est ta phrase qui est absconse 😉

      (Et si « obscur » c’est pour une salle, obscurantisme c’est pour dire qu’il n’y a pas beaucoup de lumière dans les églises ? ^^ )

  7. DeD permalink
    22 novembre 2009 11:45

    Rah, je te trouve un peu raide, quand même … (c’est un r, pas un l, hein 😀 )
    Dire qu’écrire un bouquin basé entre autres sur la séparation des civilisations est du déjà-vu, OK … Idem pour l’uchronie (bien que plus rarement utilisée sous cette forme), admettons.
    Mais dire que, du coup, le livre manque d’originalité … Pour moi, au delà de l’originalité des « outils » qu’un auteur utilise, ce qui fait un bon bouquin, c’est la manière dont il les fédère, articule, met en cohérence.

    Qu’on le veuille ou non, le nombre d' »outils » en question est fini, même en SF : il en apparaît de temps en temps, mais on ne peut pas taxer un auteur de manque d’originalité juste par rapport à ceux qu’il utilise.
    Ca reviendrait à dire que les peintres au pinceau sont forcément moins originaux que ceux qui peignent avec une queue de sanglier enfoncée dans le derrière, sans même avoir regardé ce que peignent les uns et les autres.

    L’exemple le plus flagrant, c’est la Fantasy : qu’on le veuille ou non, Tolkien a ouvert et fermé ce style : rien de nouveau depuis. Pour autant, il y a tout de même de bons bouquins de Fantasy, originaux et tout, de par leurs univers, leurs personnages, les sociétés qu’ils dépeignent, les valeurs qu’ils défendent / attaquent, la structure du récit, le style, …

    Mais bon, je t’ai p-e mal compris, ce sont peut-être également ces derniers éléments que tu jugeais peu originaux. Dans ce cas, mea culpa.

    Perso, le concept le plus fort de Wang, je l’ai trouvé dans le 2 : sans trop spoiler, disons que plus une société est basée sur des apparences et la matérialité, plus les risques que des catégories entières de la population aspirent à la quitter augmentent. Et c’est là que Wang verse en partie dans la satyre sociale.
    Et ça, j’avais trouvé ça assez riche à l’époque, mais j’étais jeune, aussi, quand je l’ai lu, ça a peut-être joué 🙂

    PS : j’ai pas lu Globalia, donc c’était pas moi l’incitateur (p-e Nenelle)

  8. Makuchu permalink
    22 novembre 2009 19:19

    L’incitateur doit être Ofboir, alors tout simplement …

    Pour le reste, attention, je trouve que « Wang » est un très bon livre, que je relis avec plaisir (sinon, j’en parlerais pas de suite dans ma « chronique SF » 🙂 )… Mais bon, voilà, j’ai moins d’étoiles dans les yeux que quand je relis Hypérion, par exemple. Au niveau des « univers décrits, sociétés, valeurs .ect. » j’ai jugé que ça manquait « d’originalité » qu’en deuxième lecture, mais après avoir dévoré toute la bibliographie de Pierre Bordage. Donc en fait, j’avoue, c’est tout simplement logique de retrouver des éléments communs dans l’œuvre d’un l’auteur. Peut-être que celui-çi utilise trop souvent les mêmes concepts (comme d’autres) ou peut-être tout simplement, devrais-je prendre le temps de « digérer » un livre que j’ai aimé avant de me précipiter sur tous les petits frères …

    Pour le concept dont tu parles, je suis d’accord, mais j’ai voulu éviter de parler du tome 2 pour éviter le spoil …. (toujours une dure limite à respecter…)

    Donc bref, lisez le livre pour faire votre avis ^^

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