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Le vieux singe qui faisait des grimaces

15 novembre 2009

waits300 Approchez, approchez, mesdames et messieurs ! Le Harry’s Harbour Bizarre est fier de vous présenter ses bizarreries humaines ! Après le bébé à trois têtes, le garçon à tête de chien et la femme singe, vous verrez ce soir l’homme à la voix de gorille ! Sorti tout droit d’un siècle révolu, il nous vient spécialement d’Amérique pour pousser la chansonnette ! Amis du blues, du folk, du banjo et du piano, nostalgiques des vieux clubs enfumés de la Nouvelle-Orléans, alcooliques, dépressifs, fous et vieux loups solitaires, venez écouter ses mélodies bancales, ses râles, sa fête foraine et sa basse-cour ! Mesdames et messieurs, un tonnerre d’applaudissement pour … Tom Waits !

megaphone-250pxPar où commencer pour parler de Tom Waits ? Peut-être par une citation. De Daniel Durchholz, un critique qui a un jour décrit la voix de Tom Waits comme ayant été trempée dans une cuve de bourbon, fumée pendant quelques mois, puis sortie et écrasée par une voiture. Avec sa voix écorchée et caverneuse, Tom Waits mêle à foison folk, blues, jazz et country dans une musique tantôt désarticulée et burlesque, tantôt se lamentant sur le sort de l’Amérique profonde, tantôt noyée dans l’alcool, tantôt touchant la grâce, quand ce n’est pas tout ça à la fois. Et pour ce faire il sait s’entourer de beau linge, on peut en effet rencontrer au fil des albums Marc Ribot, Greg Cohen, ou encore Les Claypool (c’est d’ailleurs réciproque : pour les fans de Primus, Tommy The Cat c’est lui). Mais Tom Waits c’est aussi un personnage, sorte de musicien errant, de clochard traînant sa savate dans les bars mal famés d’un quartier sordide de la Nouvelle-Orléans. Une musique théâtrale donc, et à multiple facettes, que je vais tenter de présenter. Discographie partielle.

cigaretteLa carrière de Tom Waits commence dans les années 70, alors sorte de crooner jazz/blues. Je préfère passer rapidement sur cette période, non qu’elle soit inintéressante, mais parce que notre Tom propose pour l’instant une musique assez classique, sage, et encore loin du génie torturé qu’il deviendra par la suite. Bien sûr, cette période mérite quand même son coup d’oreille, écoutez par exemple Blue Valentine. Mais c’est précisément en 1983 que sa musique prendra un véritable tournant, avec la sortie de Swordfishtrombones, succédant à Blue Valentine. A partir de là, fini le gentil crooner avec son armée de violons. Place aux dissonances, aux cling-clong, et aux grognements plus gutturaux que jamais. Mais son premier chef d’œuvre sera pour moi l’album suivant, Rain Dogs. La musique y apparaît plus travaillée, peut-être un peu plus torturée encore. D’ailleurs je ne peux pas m’empêcher de vous mettre une vidéo du petit bijou Tango Till They’re Score issu de cet album :

Ensuite, les albums se suivent et ne se ressemblent pas. En vrac, quelques perles : Bone Machine, dont les deux premiers morceaux seulement devraient mettre tout le monde d’accord, qui est accessoirement une bonne porte d’entrée dans l’univers de Tom Waits (c’est avec celui-là que j’ai découvert). The Black Rider*, plus difficile d’accès, écrit pour la pièce du même nom de Robert Wilson, co-écrite par William S. Burroughs. Il nous propose vingt petites saynètes burlesques, comme son introduction, où l’on nous présente un spectacle de monstres dans une fête foraine (qui m’a d’ailleurs inspiré l’introduction de cet article …), une chanson d’amour improbable où Tom chante son numéro de téléphone (I’ll Shoot the Moon), une musique russe (Russian Dance), et j’en passe. La collaboration avec Robert Wilson continuera en 2002 avec les albums Blood Money* et Alice*, respectivement pour les pièces Woyzeck et Alice (adaptation d’Alice au pays des merveilles). Ces deux albums sortis la même année sont en fait assez différents. Le premier, très burlesque, semble sorti tout droit d’un film de Tim Burton (très bon album également pour découvrir le bonhomme), alors que le deuxième apparaît plus doux et feutré. Allez j’en profite, voici le magnifique All the World is Green tiré de Blood Money (l’interview qui suit est assez délectable d’ailleurs) :

Enfin, je tiens aussi à parler de Mule Variations*, album un peu à part dans sa discographie. Le rythme y est lent, lourd. Tom est vieux, fatigué, seul dans sa vieille bicoque en bois au plancher qui craque. Et les journées sont longues. On entend son souffle lent et rauque. Il s’ennuie. Le genre d’album qui ne demande pas si ça mord (pour les lecteurs assidus qui comprendront la référence). Un album sur lequel on met du temps à accrocher, à cause de ce côté un peu monotone au début, mais qui révèle sa saveur au fur et à mesure des écoutes (cette remarque est d’ailleurs vraie pour l’ensemble de son œuvre). Paradoxalement, il contient aussi LE tube interplanétaire de Tom Waits, j’ai nommé Chocolate Jesus (et les paroles sont délicieuses) :

Vous l’aurez compris, Tom Waits est un artiste à découvrir d’urgence, à écouter puis réécouter. Je n’ai cité bien sûr que quelques albums, à vous de vous perdre dans les méandres de sa discographie. Mais c’est aussi un personnage, un humour décapant (ses quelques interviews en donnent une idée), et d’ailleurs, Tom Waits à une conférence de presse, ça donne ça :

Voilà pour le Tom Waits chanteur, mais il y a aussi le Tom Waits acteur ! Je vous recommande notamment le magnifique Down By Law de Jim Jarmusch, avec également John Lurie et Roberto Benigni, l’histoire de trois personnages hauts en couleur (malgré une image en noir et blanc) qui se retrouvent en prison, dans la même cellule, et qui décident de s’évader. Tom Waits a un rôle sur mesure (un vieil ours présentateur de radio), l’image est sublime, et l’ambiance pesante (l’histoire se déroule dans des quartiers sordides de la Nouvelle-Orléans). Bande-annonce (agrémentée de Jockey Full Of Bourbon, tiré de Rain Dogs) :

On peut aussi citer Short Cuts de Robert Altman, fresque où se mélangent les destins de nombreux personnages. Tom Waits y joue un chauffeur de taxi alcoolique (encore un rôle pour lui …). Enfin, il y a aussi Coffee and Cigarettes, de Jim Jarmusch toujours, collection de petites scènes dans des cafés américains où les personnages se retrouvent pour discuter autour d’un café et d’une cigarette. Je n’ai malheureusement pas encore vu le film, mais la scène où l’on trouve Tom Waits face à Iggy Pop est un régal :

Des petits liens :

Le myspace

Un site où on peut écouter en intégralité un concert donné le 29 juillet 2008

* Malheureusement, les liens Jiwa ne respectent pas l’ordre de l’album, et on y voit même des titres en double ! (si ce n’est pas tous), ce qui est bien évidemment un sacrilège. Courez donc plutôt à votre médiathèque préférée.

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13 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    15 novembre 2009 18:45

    Tom Waits, je le connais grâce à cette chanson : http://www.youtube.com/watch?v=KX4apvTdvzE&feature=related (la première des deux), et elle me file un cafard monstrueux… Cela dit, comme j’ai un petit côté maso, je l’adore 🙂

  2. 16 novembre 2009 09:36

    Bravo… Tom Waits est un type génial, Jim Jarmusch aussi, sans parler de Neil Young… Tous ces gens-là sont lumineux par le refus qu’ils ont d’entrer dans le rang de nos sociétés ! La vie en marge … comme dans le très bon Imaginarium du docteur Parnassus de notre Terry international… dans lequel Tom joue d’ailleurs, toujours aussi juste !

  3. Ofboir permalink
    16 novembre 2009 12:20

    C’est vrai il vaut le coup l’imaginarium ? Je l’ai pas vu.

    • 2 décembre 2009 10:15

      Oui… il est sublime ! Mais si Terry Guilliam, c’est pas ton truc, ‘faut passer son chemin, parce que là, c’est un mix de tout ce qu’il sait faire de mieux ! On y retrouve un peu de tout ces films : du nain tout droit tiré de « bandits bandits », à l’univers fantastique de « Brazil » en passant par les clodos de « Fisher king » !

      Tiens au fait, en parlant du loup ! Notre bon Jim vient de sortir son nouveau film (depuis le temps que j’attends qu’il nous en ponde un !!!) : « The Limits of control est sans doute le film le plus « free style » de Jarmusch, tourné au gré de l’inspiration. Et, en même temps, le plus abstrait », c’est ici : http://www.telerama.fr/cinema/films/the-limits-of-control,392323,critique.php

  4. Lib permalink
    2 décembre 2009 13:20

    Il joue qui, Tom Waits, dans l’Imaginarium ?

    • Lib permalink
      2 décembre 2009 13:26

      C’est bon, j’ai la réponse – il joue le Diable, rien que ça…

      • Ofboir permalink
        2 décembre 2009 13:28

        Ah ben ça y est tu me donnes encore plus envie d’aller le voir …

  5. Lib permalink
    2 décembre 2009 13:37

    C’est plutôt une bonne chose non ?
    Enfin moi je n’ai pas été spécialement emballée… bon, après, de toute façon, s’il faut le voir, c’est au cinéma, donc vas-y !

    • Ofboir permalink
      2 décembre 2009 16:22

      Bonne chose, mauvaise chose, difficile à dire, mais Tom Waits en Diable, je ne saurais louper ça !

      • Syracuse Cat permalink
        2 décembre 2009 16:27

        Il est très bon, je te le confirme. Je n’avais pas fait le rapprochement, je suis impardonnable 😉

  6. Lib permalink
    2 décembre 2009 17:04

    C’est vrai qu’entre Christopher Plummer (le capitaine Von Trapp de la Mélodie du Bonheur, les filles !!) et Tom Waits, les deux protagonistes Docteur Parnassus / Diable étaient particulièrement réussis.

  7. Ofboir permalink
    17 octobre 2011 19:27

    Son nouvel album, Bad As Me, sort le 24 octobre
    Et comme je suis sympa, je vous donne des codes pour aller écouter l’album en avant-première !
    http://badasme.com/
    Essayez avec un de ces codes :
    f1b-eep21
    r1b-rs4bh
    yjb-x8agm
    kzb-8tk1q
    jfb-q30ry

    • 20 octobre 2011 19:58

      Et ça, boiboir, c’est fort urbain de ta part !
      Pour avoir suivi avec haleine les infos sur son site, voilà qui tombe bien !

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