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Ma BD à lire et à relire (5) – Canardo de Sokal

10 novembre 2009

canardo5p00Si je vous dit « canard » et « BD » dans la même phrase, vous allez surement penser au plus connu de tous, Donald, le célèbre canard grincheux et malchanceux de Disney. Peut-être que certains, par souci d’originalité ou de contradiction penseront à son « challenger » , qui est, je pense, Herbert de Vaucanson, l’un des principaux héros de la série « Donjon » de Trondheim & co. (Dont je parlerai surement un jour, mais la tâche me parait pour le moment trop dense …). Mais ce soir, ce sera un autre palmipède au menu. J’ai nommé : Canardo, le détective à pieds palmés le plus alcoolisé de la BD

On pourrait se méprendre sur la nature de cette BD en voyant les personnages d’inspiration « animalière ». Mais ici, on est pas dans un conte pour enfants. Ici, c’est sombre, c’est moche, c’est désabusé. Ici, « ça pue, ça sue, ça suinte, ça vomit des rires, des cris, des pleurs, et des râles; C’est con, brutal, vicieux, violent, subtil, sensuel, intelligent, amoureux… c’est la vie ». Des enquêtes de Canardo, personne n’en sort indemne, pas même notre canard.

Canardo

Canardo, qui carbure à la bière et fume clope sur clope, a déjà 20 ans d’heures de vol (mais pas toutes en altitude) et a actuellement déjà mené 18 « enquêtes », avec chacune un « happy-end » quasiment inexistant, voir totalement. Des mornes paysages blancs de Russie aux guérillas miséreuses Sud-américaines, en passant par les bas-fonds de la France, l’humanité montre toujours son visage le plus…médiocre.

Le tout est servi par un scénario ficelé et un humour très « Jacques Audiard », avec des répliques que je qualifierai de « culte », pour le genre : « désolé chère madame, en amour, je suis tatillon sur la date de péremption« , « la démocratie ? Qu’est que c’est ? – « C’est pour plus tard »…« , « J’ai très envie de vous embrasser !  » – Morphologiquement, ça va être difficile…« , « En France, les chieuses, c’est un peu comme le fromage : c’est une spécialité locale ».

canardo_img Du côté des personnages, outre le canard détective dépressif qui passe plus de temps au bar du coin qu’à son bureau, on retrouve un inspecteur lapin de garenne avec la cervelle adéquate, une grue aventurière-maquerelle ennemie ou alliée de (l’anti-)héros,mais en tout cas pas indifférente, une charmante révolutionnaire-tueuse, un horrible chat mafieux…

En résumé : Canardo => une bonne BD pour se détendre tranquillement… pour la plupart des albums.

canardo_garces

En effet, les tous premiers tomes de la séries sont très très noirs, et bien souvent des petits bijoux de malaise. Je pense en particulier à la « Mort douce », et à son « héroïne » : « je ne suis ni belle, ni moche, ni intelligente ni stupide, je suis juste une plante qui aimerait devenir pierre pour ne plus souffrir« . Les tomes 5 à 10, d’inspiration plus « polard », comptent parmi mes préférés. Je suis par contre plus critique sur les derniers. En fait, j’attends encore quelques albums pour voir si la série revient à son esprit d’origine avant de juger… Hum, disons encore 3 albums, et je jette l’éponge.

En attendant, n’hésitez pas à vous lancer dans les premiers tomes.

Pour vous aider, voici quelques albums qui donnent un bon reflet de l’esprit de la série tel qu’elle est actuellement :

  • « l’Amerzone » – T5 : Dans un petit pays d’Amérique du sud en proie aux révolutions régulières, notre canard est chargé de ramener à la « civilisation » un vieil ami du dernier dictateur déchu. Mais celui-çi préfère partir à la recherche des légendaires oiseaux blancs, pseudo-symbole de liberté amerzonnienne.
  • « L’île noyée » – T7 : En vacances aux îles maladives prises d’assaut par les flots, Canardo est confronté à un meurtre au requin blanc et à une veuve dont les yeux resteront secs (à défaut d’autre chose plus humide)
  • « Le canal de l’angoisse » – T8 : Une épidémie (genre H1N1 ? ^^) touche les canards… Uniquement les canards…Heureusement, un jeune et ambitieux docteur aurait mis au point un remède miracle dans sa clinique longée par un canal où flotte le corps sans vie de l’une de ses infirmières…
  • l-inspecteur-canardo-tome-10-la-fille-qui-revait-d-horizon-b_247644vb« Le caniveau sans lune » – T9 :  Dans les quartiers miséreux, des filles « de joie » sont retrouvées massacrées. Le petit commerce ne respire plus … un canard pour sauver cette économie « particulière » ?
  • « La fille qui rêvait d’horizon »  – T10:  « les femmes, quand ça bouge pas, ça rêve… et puis à force, ça préfère rêver que bouger… elle s’est mise à rêver dans les valises de ceux qui ont l’imprudence de s’arrêter ici« .

Pour ceux qui veulent du glauque et de la souffrance : « la marque de Raspoutine »,  indispensable si on s’intéresse à la série, ainsi que « le chien debout », et « la mort douce ».

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5 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    12 novembre 2009 09:48

    Peut-être que certains, par soucis de contradiction, penseront à son “challenger” , qui est, je pense, Herbert de Vaucanson

    Zut, je suis repéré ^^

    Sinon tu m’as bien donné envie de lire cette BD qui jusque là me laissait de glace !

  2. Lien Rag permalink*
    3 décembre 2009 16:35

    C’est bien sympa… J’ai envie de dire que c’est un précurseur de Blacksad : évidemment, par le thème animalier et polar, dans un premier temps. L’ambiance également est similaire, désabusée. Le dessin enfin, même s’il semble (et est) plus simple que Sokal, est en fait beaucoup plus complexe qu’il n’y parait au premier abord : on dirait du Dupuis, mais le souci du détail et des couleurs va bien au delà – bien qu’il y ait toujours une sorte de caricature dans les personnages, là où Blacksad cherche au contraire la finesse.
    Et, chez Sokal, l’humour et les dialogues sont vraiment énormes, un réservoir de répliques cultes 😀

  3. FDob permalink
    29 août 2010 11:00

    J’ai découvert Sokal à 7 ans en parcourant « la mort douce » à un déjeuner de « grands » 🙂 et j’avais gardé longtemps en tête la mâchoire hurlante de l’ours et la pluie, Lili Marlen, etc.
    Après l’avoir identifié, j’ai acheté peu à peu tous les albums. Les premiers me semblent de loin les meilleurs, la fin de cette série « bénie » étant pour moi « L’île noyée », très Agatha Christie.
    Depuis, les scénarios sont beaucoup plus faciles, limite bâclés, très décevants par rapport à l’originalité des univers dans lesquels Sokal nous entraînait. Je recommande donc sans réserve ( avec une mention spéciale aux histoires entre la marque de Raspoutine et la Cadillac blanche) les premiers, et attend avec espoir une résurrection de l’inspiration de Sokal.
    Quant aux comparaisons avec Blacksad, je pense que ce dernier est un « noir » à l’américaine, son héro étant trop parfait (beau gosse, séducteur, sportif, invincible, pas cynique) vs un Canardo bien plus proche et humain. Et malgré un dessin incroyable, les scénarios sont en progrès mais par trop convenus.

    • 29 août 2010 16:44

      Je ne peux que t’approuver, chez visiteur, et en profiter pour décerner à la dernière livraison : « Le voyage des cendres », T.19, un « bof », et encore, je trouve ça gentil…

  4. 10 novembre 2011 22:37

    Au bout du vingtième volume des aventures de Canardo, on se demande ce qui nous rend le plus désabusé des palmipèdes de la bande dessinée si attachant. Comment pouvons nous être enchantés par cet univers si désenchanté ? Est ce le bestiaire qui l’entoure ? Il en est de plus éclatants tels que Blacksad, ou bien celui de Walt disney tout simplement. Alors qu’est ce qui fait le charme de cette série ? Il est bien possible que la réussite de cette œuvre réside finalement dans le regard de Canardo : lourd, fatigué et chargé d’un bon quintal d’humanité rehaussé d’un frisottement malicieux qui envoûte les femmes les plus belles malgré l’âge avancé de notre détective, une petite taille que lui impose son état de canard et une condition physique qu’on suppose bien au delà du déplorable, au vu de tout l’alcool ingurgité et de la multitude de cigarettes fumées depuis trente ans. Les yeux de Canardo possèdent le bleu du ciel qui manque aux villes du nord dans lesquelles se déroulent ses enquêtes permettant à l’auteur de décliner toutes les nuances du gris de la palette. Notre détective, béatifié par des hectolitres de bourbon, pourtant conscient des turpitudes du monde, pardonne presque toujours. Débonnaire comme personne, ce canard est bon.

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