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Micmacs à tire-larigot

3 novembre 2009

micmacs-affiche

Vite vite vite, un article pour éloigner le roi de la paupe de la première page…

Comme j’avais annoncé, je suis allé voir Micmacs à tire-larigot. Soyons clairs, la critique « un mélange de la fantaisie d’Amélie Poulain et de l’ambiance de Delicatessen/EnfantsPerdus » est juste. On la lit partout, avec quelques variations, on peut la prendre comme négative ou laudative, mais au final c’est ça.

Mais bon, comme je suis payé au mot, on va essayer d’aller un peu plus loin ! ^^

L’histoire, d’abord : Bazil (Dany Boon) est un chti perd son père alors qu’il est enfant, à cause d’une mine de la vigilante de l’armement. Sa mère part en maison de soin, lui à l’orphelinat. Adulte, il se prend une balle des arsenaux d’Aubervilliers dans la tête, et pendant ses mois d’hospitalisation, il perd son boulot et son appartement. Il erre dans les rues, et se fait recueillir par une tribu de chiffonniers. Alors qu’il cherche des déchets recyclables pour ses nouveaux amis, il tombe sur les deux sociétés concurrentes et décide de se venger. Évidemment, ses improbables coéquipiers, tous particuliers, vont se joindre à lui.

Attention ; Jean-Pierre Jeunet, ce n’est pas « toujours la même chose ». Jeunet, c’est deux constantes : la couleur jaune et Dominique Pinon. Ensuite, c’est quelques caractéristiques piochées au hasard parmi un réservoir qu’il utilise tout le temps : la comédie, l’aventure, l’enfance des personnages, le narrateur, la fantaisie, les détails de la vie, l’histoire d’amour désuète, les personnages hauts en couleurs, etc. Là par exemple, pas de narrateur, et, à part les 5 premières minutes, pas d’enfance des personnages, comme c’était le cas des deux précédents films. Retour de la comédie, comme Delicatessen et légèrement Amélie Poulain. Retour du « groupe de tronches » comme dans la cité.. et un peu Alien4. L’aspect histoire d’amour est à peine évoqué ici…
Donc vraiment, ce n’est pas _toujours la même chose_, mais c’est clairement du Jeunet, ce qui fatiguera ceux qui n’aiment pas le style. Pour les autres, c’est plus compliqué. Et, comme je viens de le démontrer, on retrouve une partie des premiers thèmes de Jeunet et on jette une partie des plus récents (toute la partie mièvre notamment), tout en restant dans la mouvance fantaisiste post Alien4. D’où la fameuse critique de mon introduction que l’on retrouve partout.

micmacs2

Graphiquement, d’abord, le film est superbe. Toujours la couleur jaune, certes, mais surtout des plans de Paris superbes – un Paris vide de voitures, surtout quand on connaît les coins filmés, ça surprend 🙂 . Les ambiances et décors, ensuite, sont très bien maîtrisés : les laissés-pour-compte ont du matériel et des vêtements des années 50, les deux PDG ont chacun leur style, ultra-design d’un côté et bonne famille de l’autre, etc. Et la moitié du message passe par le décor ou la mise en scène, comme lorsque les deux PDG mangent des crevettes, chacun à sa façon mais toujours ridicules, soulignant leur statut de parvenu, de riche et puissant qui ne sait pas apprécier les choses. De ce côté, donc Jeunet est toujours aussi bon, et sa maîtrise de la caméra fait de micmacs un postulant au titre de meilleur de ses films.

micmacs1

Le scénario par contre, me laisse un peu plus perplexe. On ne croit pas vraiment au début. Pourquoi d’un coup Bazil décide de se venger ; pourquoi d’un coup ses copains l’adorent ; comment il arrive à s’infiltrer partout, à avoir toujours les bonnes idées du premier coup, etc. On a l’impression que l’entrée en matière est compressée au dépend de la crédibilité. Par la suite, on sent moins le problème, parce qu’on est embarqué dans la comédie d’aventure et qu’on accepte plus dans ce cas que les évènements s’enchainent mystérieusement bien.
Par contre, le gros problème du film vient du décalage majeur du scénario : d’un côté, le côté fantaisiste, les tronches qui s’unissent et font des misères aux deux puissants, les gags, etc. De l’autre, les marchands d’armes, sujet plutôt sérieux et grave à la base, qui s’accorde mal avec la fantaisie. Le rire oui, mais la fantaisie… Prenez Amélie Poulain, et ajoutez un dictateur africain, des détails sur la fabrication des armes, une scène d’exécution au Moyen-Orient devant des photos d’enfants estropiés, et une photo de Nicolas Sarkozy… Y’a un truc qui coince…
Pour moi, la fantaisie est l’antithèse du sérieux, et mêler les deux est étrange. La dénonciation ne va pas au monde de Jeunet. C’est un peu comme si Amélie Poulain se rendait en Chine pour arranger la situation des droits de l’homme, avec ses méthodes de résolution des problèmes…

Ah oui, un dernier truc qui m’énerve… La pub pour les films. Youpi Aubade, TF1, LCI, M6… Enfin, ça reste discret et ce n’est pas comparable aux films américains, mais quand même…

micmacs4 .

Donc voilà, Micmacs à Tire-Larigot est une bonne comédie bien plus subtile qu’un American Pie ou un Missionnaire. Jeunet oublie un peu le côté mièvre pour revenir au burlesque, mais ça reste son style habituel, avis aux amateurs comme aux détracteurs. Enfin, le mélange de fantaisie et de sujet sérieux pourra faire tiquer, mais ne devrait pas gâcher le spectacle.
Quant à moi, au delà de ces premières considérations, je vais un peu laisser décanter avant de décider à quel point j’apprécie ce nouvel opus.
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3 commentaires leave one →
  1. Ofboir permalink
    4 novembre 2009 13:13

    Bon ben j’irai peut-être le voir alors.

    Par contre je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis qu’un sujet grave ne peut pas être traité avec fantaisie. Les premiers exemples qui me viennent prouvent le contraire : Le dictateur de Chaplin, ou La vie est belle, de son disciple Benigni, où le côté comique burlesque n’atténue pas, accentue même la critique (la scène où Hinkel joue avec le globe terrestre …) ou l’émotion (quand Benigni suit l’officier allemand en caricaturant la marche au pas, sans trop spoiler pour les malheureux qui n’ont pas vu le film). Après tu parlais peut-être juste du traitement qui en est fait par Jeunet dans Micmacs.

    • playne permalink
      4 novembre 2009 13:18

      Pour le coup, même après lecture de ton article, j’irai voir This Is It… 😀
      Parceque le curry; c’est pas toujours digeste quand tu en prend trop !

    • Lien Rag permalink*
      4 novembre 2009 14:04

      @Ofboir : En effet, ça ne m’avait pas dérangé dans « La vie est belle » ni « le dictateur ». Donc je retire ma généralisation, et c’est bien dans Micmacs que ça me gêne.
      Tu me diras après l’avoir vu si ça t’a fait la même chose ou pas.

      @Playne : C’est quand même moins jaune que AmélieP. Mais les photos de l’article sont de bons exemples du niveau graphique 🙂

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