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The Sandman – Neil Gaiman

29 octobre 2009
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The Sandman

Écrire des articles, ça prend du temps. J’ai deux/trois personnes intéressantes et intéressées par écrire dans ce blog, mais finalement faute de temps ils ne le font pas. Le problème est d’autant plus grand lorsque l’on s’attaque à un gros morceau, et c’est ce qui était le cas avec cet article, commencé en septembre :D. J’y parlais du rachat de Marvel par Disney, et j’évoquais des héros oubliés comme Nova ou Ant-man ^^. Depuis, j’ai fait pas mal de choses, recyclé une partie de l’intro dans l’article sur Watchmen, et laissé tombé le meilleur comic, peut-être la meilleure BD et quoi qu’il en soit une des meilleures histoires que j’aie lues : The Sandman. Mais c’était sans compter sur Syracuse Cat, qui m’a relancé récemment. Donc remerciez-la parce que vous allez découvrir du grand art !

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The Sandman

Alors reprenons la démonstration : Marvel, des persos cool (sauf Captain America) ; DC comics, des persos nazes (sauf Batman). DC comics, dans leur lot de personnages sans intérêt, ont the Sandman : un détective en costume jaune et rouge qui endort les criminels avec un pistolet à gaz.  Passionnant.

Sauf que, en 1989, intervient Neil Gaiman. Normalement, vous devez le connaître car votre bibliothèque contient _obligatoirement_ De bon présage (Good Omens), qu’il a écrit avec Terry Pratchett. Il a écrit pas mal d’autres bouquins primés, mais Syracuse Cat vous en parlera mieux que moi. Gaiman reprend le personnage du Sandman, et lorsqu’un écrivain – ou un vrai scénariste, rare – se met à scénariser de la BD, ça donne du grand art.

D’un côté il y a l’univers : notre monde, d’autres, Dieu et le Paradis, l’Enfer et Lucifer, etc. Toutes ces choses ont nécessairement une fin. De l’autre, il y a les Endless. Ils sont sept. Ils sont frères et sœurs. Il y a Destiny, Death, Dream, Destruction, etc. Dream est celui qui nous intéresse ; suivant les cultures, il a de nombreux noms : Morpheus, Oneiros, the Sandman. Mais quoi qu’il arrive, il est _le Rêve_.

Ses aventures sont parues en 11 tomes. C’est dans le premier qu’on le rencontre, in medias res. 1916, un occultiste tente d’invoquer et d’emprisonner la Mort. À la place, apparaît un humanoïde vêtu d’une longue cape noire et d’un masque à gaz. Dévêtu, il est enfermé sous une cloche de verre, mais refuse obstinément de communiquer.  1916, les gens arrêtent de rêver. S’ensuivent des décennies de barbaries où les gens, privés de rêve, deviennent fou et s’entretuent. 1988,  le Rêve, car c’était lui, réussit à sortir de sa prison de verre. Si l’humanité recommence à rêver tandis que le ravisseur est enfermé à vie dans un cauchemar, c’est en fait le début des problèmes pour the Sandman.

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The Sandman

Lorsqu’il retourne chez lui, son royaume est en ruines et ses sujets sont presque tous partis. Les objets dans lesquels il avait concentré ses pouvoirs ont été volés et disséminés par son ancien ravisseur : son sac de sable, son casque, et son rubis. Il lui faudra les récupérer, et pour cela affronter toutes les légions de l’enfer (littéralement) ou s’attaquer à des ennemis rendus fous par tant de pouvoir.

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The Sandeman

Une fois ses pouvoirs et sa légitimité retrouvés, il lui faudra réunir tous ses sujets, et surtout retrouver et punir tous ceux qui refusent de revenir : quelques rêves, mais aussi les cauchemars les plus puissants qu’il a créé, comme le Corinthien. Et réparer encore et toujours des répercussions de sa trop longue captivité.

L’histoire s’ouvre ensuite à d’autres choses. Des histoires passées, parfois, ou la suite des aventures contemporaines de Morpheus. Mais la force de la narration de Gaiman, c’est que rien n’est innocent. Toutes les histoires anciennes auront une répercussion par la suite, parfois plusieurs volumes plus tard. Quant aux histoires contemporaines, elles découlent toutes de cette longue captivité ou des évènements induits. Par exemple, un long passage va concerner la gouvernance de l’enfer. En effet, Morpheus y ayant récupéré son casque, il a mis à mal Lucifer qui finit par abandonner son royaume et se venge en le donnant au Sandman. S’ensuivra alors une lutte de pouvoir entre toutes les divinités présentes ou passées qui veulent le récupérer, avec moult promesses ou menaces envers le Sandman. Et celui qui récupèrera la mise en sera également changé au point qu’il y ait des répercussions plus tard.

sandman08clip1Finalement, ces onze volumes sont racontés de telle manière qu’on a l’impression de suivre une suite d’évènements qui commencent tous par la captivité du Sandman, et qui mèneront inéluctablement aux évènements des deux derniers volumes (c’est une vrai fin, non ouverte). Rien n’est gratuit chez Gaiman, et c’est du grand art.
Morpheus l’imbu de lui même se remet en question suite à ces 70 ans de méditation forcée ; le lecteur, lui, au fur et à mesure que le récit avance, se rend compte de l’impitoyable puissance de « la destinée », ou comment tous les évènements passés se répercutent vers un seul point, impossible à éviter. Juste grandiose.

the EndlessOutre la force de l’histoire, on s’attache à ces personnages qui apparaissent et que l’on a l’impression de connaître de plus en plus. Morpheus, d’abord, qui accompagne le lecteur dans sa réflexion sur le pouvoir et les responsabilités ; cet être plus puissant que les dieux qui se pose la question de sa légitimité. Sa famille au sens large, ensuite, comme ses frères et sœurs : Death, terriblement glamour, les deux jumelles Desire et Despair, mais enfin, qu’est-il arrivé à ce mystérieux Destruction, et la géniale, terrible Delirium (qui s’appelait avant Delight) à quiun volume est co-consacré, pour notre plus grand bonheur. Mais il est aussi question de mortels, que l’on retrouve parfois longtemps après les avoir rencontrés, on suit leur évolution, on s’attache à eux. Sandman, c’est comme la vraie vie : on retrouve des amis qu’on avait pas vus depuis longtemps et on est content de savoir ce qu’ils sont devenus.

Delirium : Um. What’s the name of the word for things not being the same always. You know, I’m sure there is one. Isn’t there ? There must be a word for it… The thing that let you know that time is happening. Is there a word ?
Dream : Change.
Delirium : Oh. I was afraid of that.

SandmanKingDreamsHCEnfin, le troisième point qui donne tant de plaisir à la lecture de Sandman, c’est l’intelligence avec laquelle Gaiman incorpore son récit dans le monde des DC Comics comme dans le monde réel. Il ne rejette rien. Les supers-héros, quoique peu présents, existent dans son monde. L’ancien Sandman, le détective rouge et jaune, trouve sa légitimité. Et surtout, il justifie l’existence de toutes les religions en parallèle : oui, Dieu existe, comme l’enfer, comme les dieux égyptiens, romains, ou nordiques. Ce sont juste des êtres comme les autres, trompeurs, parfois vils, qui cherchent de la puissance en ayant des croyants. Et tous ces petits mondes s’articulent parfaitement entre eux, se connaissent, se fréquentent.
Tout au long du récit, on trouve des personnages qui existent dans d’autres œuvres, d’autres religions, ou dans la réalité. A chaque fois, le lien est expliqué et _est crédible_  ! J’ai déjà parlé des dieux, de certains héros DC (on trouvera entre autres l’asile d’Arkham, John Constantine, etc.), on découvrira aussi d’où vient l’inspiration de Shakespeare, etc. Ah comme tout ce récit est génial ! Je pourrais tout vous raconter 🙂
Même si je le déconseille à ceux qui ne l’ont pas lu, vous trouverez une liste assez complète des personnages secondaires « connus » de Sandman ici.

sandman_lUne histoire emphatique, qui exerce la réflexion et flatte l’intelligence, un monde crédible et bien incorporé, des dialogues ciselés et qui font mouche, n’y a-t-il pas de mauvais côtés ? Il faut malheureusement avouer que le dessin n’est pas particulièrement glamour ou attractif. C’est typique de ce que je n’aime pas dans les comics américain. Quand le dessin n’est pas basique, c’est qu’il s’agit d’être original et en général c’est moche – de mon point de vue. Les traits et couleurs sont assez bof. Mais on retrouve le même problème chez Watchmen par exemple (dessin basique), et puis si ça peut rebuter au début, on est trop vite emporté par l’histoire pour s’en soucier. À noter également que les dessinateurs changent régulièrement, un style qui vous parait hideux ne devrait donc pas durer plus d’un album.

A côté des 10 volumes +1 ^^, il existe quelques hors série, spin-offs en général. Personnellement, je n’ai pas été convaincu par ceux que j’ai eu entre les mains, donc je vous dirais de ne pas chercher à être exhaustif dans votre lecture. J’ai croisé quelques albums en français à la FNAC, mais je ne sais pas ce que vaut la traduction et où ils en sont.  D’après Wikipedia ils viennent de terminer le dernier volume.
Pour la version originale, la série est parue entre 1989 et 96, et a eu un tel succès qu’il n’est pas difficile de  commander les albums VO aujourd’hui.
.

The sandman, avec Keanu Reeves (fake)

The Sandman

Enfin, si les rumeurs de films sortent régulièrement, rien à l’horizon pour le moment. Gaiman a déclaré un jour que le script qu’un gros studio lui avait présenté était le pire script de Sandman qu’on lui ait donné mais même le pire script de film qu’il ait pu voir 😀 . Remercions sa clairvoyance. Quoi qu’il en soit, Gaiman, qui a mis sa main dans quelques films récemment (scénario), a dit que « le temps de voir The Sandman au cinéma [était] proche »… Let’s dream of that 🙂 !

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15 commentaires leave one →
  1. Eunostos permalink
    29 octobre 2009 00:34

    Une excellente idée, ça, parler de « Sandman » ! C’est le meilleur comic que je connaisse pour le moment (certes, je n’en ai pas encore lus beaucoup) et un régal pour les amateurs de mythologies.
    Une chose à ajouter, tout de même : parmi les albums hors-série, ne passez pas à côté de « The dream hunters », un conte écrit par Gaiman à partir d’un conte japonais, et illustré par – je vous le donne en mille – le grand Yoshitaka Amano, le peintre/illustrateur/concepteur graphique hors pair au style inimitable, connu entre autres pour son travail sur les Final Fantasy, mais aussi pour ses illustrations de classiques de la littérature et ses décors de théâtre (www.amanosworld.com) : le résultat est un petit bijou… une version comic sort en ce moment, mais sans Amano à l’illustration, ça risque d’être moins intéressant !

    • Lien Rag permalink*
      29 octobre 2009 13:30

      En effet, je l’avais oublié ce volume. Mais finalement, ce n’est presque pas un sandman ; juste une légende rescénarisée par Gaiman et superbement illustrée…

      Pas mal mais vraiment à part.

      Je parlais surtout des comics classique comme ceux consacrés à Death, qui ne m’ont pas transcendé.

      • El dri permalink
        31 octobre 2009 09:33

        Petite précision,

        Gaiman a affirmé qu’il avait tiré son histoire d’une légende japonaise, mais après enquête il a admis qu’il l’avait inventée ^^

        Donc si ça compte comme un sandman 🙂

      • Lien Rag permalink*
        31 octobre 2009 09:35

        OK ^^

        Elles ont bon dos les légendes japonaises…

  2. Syracuse Cat permalink
    29 octobre 2009 09:15

    Aaaah, merci ! Merci, merci, merci ! J’étais toute prête à me laisser convaincre, et vlan ! Si j’étais du genre à dépenser de l’argent que je n’ai pas, je serais actuellement sur Amazon.co.uk (mon ami !) à commander frénétiquement tout ça… Je ne désespère pas, Noël n’est pas si loin.
    Je trouve que tu rends très bien hommage à M. Neil Gaiman, un auteur d’une intelligence rare, à mon avis : il ne se repose jamais sur ses acquis et surprend systématiquement son lecteur. Ses récits sont toujours d’une grande cohérence, et finalement, son œuvre, dans son ensemble, l’est aussi : ce que tu dis de Sandman me le confirme.
    Merci encore.

    PS : Tout ce que j’ai pu lire de Gaiman va du très bon au tout simplement génial (et la preuve c’est qu’il ne cherche pas à être prolifique, lui), mais si vous n’avez pas lu Good Omens, jetez-vous dessus, c’est… euh, hm, je suis un peu à court de superlatifs, là. Lisez-le, vous ne serez pas déçus (mais si vous l’êtes, j’imagine qu’on pourra malgré tout rester amis, quand même).

  3. Lib permalink
    29 octobre 2009 11:37

    Tu crois que ça me plairait, Good Omens ? (non, non, je n’ai pas besoin de Syracuse Cat pour savoir ce que j’aime, mais moi et ce genre de littérature, ça fait 4, et Syracuse Cat commence à me connaître…)

  4. Syracuse Cat permalink
    29 octobre 2009 12:06

    Je pense que ça pourrait, oui. C’est vraiment drôle, et ancré dans notre monde : ce n’est pas de la fantasy, c’est juste l’Apocalypse.

  5. 29 octobre 2009 12:45

    En tout cas, je suis convaincue, et je vais tenter de me procurer le premier tome… feed-back après !

  6. 29 octobre 2009 16:09

    Je me suis arrêté a « World’s end » impossible de trouver les tomes suivant. Mais c’est effectivement une BD excellente et passer a coté serait au mieux dommageable au pire carrément stupide. (Tellement de personnages charismatiques, de répliques cultes et de génie là dedans que bon…)

  7. Syracuse Cat permalink
    15 novembre 2009 21:15

    Bon, c’est pas tout ça, mais Noël approche (je suis optimiste, comme fille, si si), et j’ai quelques questions : j’imagine qu’il faut lire les tomes dans l’ordre, non ? D’autre part, je n’ai pas bien saisi l’histoire du 10 + 1 : je n’ai pas l’intention de demander les 10 tomes d’un coup pour Noël (il faut que j’en garde pour mon anniversaire, ben oui, quoi), mais quand même, ça m’intrigue. Comme je confie cette quête à autrui, les détails pratiques m’intéressent. Please please please !

  8. Lien Rag permalink*
    16 novembre 2009 10:53

    Oui, il vaut mieux les lire dans l’ordre. Ceci-dit, El Dri, présent dans quelques commentaires, les a lu dans le contre-ordre, et a pas mal apprécié 🙂

    Comment expliquer le 10+1 sans spoiler ? Heu, en gros les aventures de sandman sont sortis en 10 volumes, et l’histoire se finit dans ses 10 volumes, tous les 10 sortis régulièrement en comics, par les différents dessinateurs.
    Puis, Gaiman a sorti un album supplémentaire, en tant que « épilogue » si tu veux, qui lui n’est pas sorti en comics, directement en album, et est constitué de petites nouvelles, chacune dessinée par un artiste connu (dont Manara ^^).
    Donc si en France ils sont sortis en 11 albums, aux US ils sont sortis en 10 recueils constituants l’histoire, +1 spécial en conclusion.

  9. Syracuse Cat permalink
    16 novembre 2009 21:03

    Ah oui, je crois avoir vu le volume dont tu parles… Il s’agit bien d’Endless Nights ? Bon, en tout cas la liste des 10 premiers titres est transmise, j’attends le résultat au pied du sapin !

  10. Syracuse Cat permalink
    26 décembre 2009 17:14

    Oh my God, le Père Noël est passé (généreusement, je dois dire), et je suis tellement, mais tellement heureuse. C’est tellement bon, je crois que je suis amoureuse… De Morpheus ou de Neil Gaiman, je ne saurai dire, mais en tout cas je suis toute retournée.

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