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Jean Pierre Jeunet

24 octobre 2009

JPJAvec la sortie de Micmacs à tire-larigot mercredi prochain, film dans lequel Dany Boon joue un gentil gars un peu paumé et Yolande Moreau une fille un peu paumée mais gentille au fond -des rôles clairement à contre-courant-,  je voulais revenir un peu sur la carrière de J.P. Jeunet.

Jeunet commence sa carrière filmographique avec Marc Caro, dessinateur de son état. D’abord trois courts métrages, très remarqués, dont le plus connu est sans doute Le bunker de la dernière rafale (1981), un court muet de 35 minutes, quasiment huis-clos, oppressant, terriblement stylisé, et dont la fin est géniale. Parallèlement Jeunet fait ses propres courts, dont Foutaises (1989), où Dominique Pinon débite face caméra ce qu’il n’aime ou n’aime pas, un style que l’on retrouvera dans Amélie Poulain.

Delicatessen2La collaboration avec Caro continue avec un premier long-métrage, Delicatessen (1991). Dans un monde étrange (en guerre ?), un jeune homme est engagé comme concierge dans un immeuble où le boucher fait la loi. On ne sort quasiment pas de l’immeuble, en tous cas pas dans les rues qui restent désespérément vides, ce qui donne à nouveau une atmosphère de huis-clos oppressante. Le film est sympathique, et on trouve déjà l’atmosphère ou les personnages caricaturaux que l’on retrouvera régulièrement dans les films suivants. Au niveau des acteurs : Dominique Pinon, Rufus, Ticky Holgado qui eux aussi retrouveront très souvent le réalisateur.
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la_cite_des_enfants_perdusPuis, en 1995 sort le deuxième long métrage de « Caro-Jeunet », comme on les appelle. La cité des enfants perdus ; du grand art. Dans une ville portuaire étrange, des enfants disparaissent régulièrement. Un grand taciturne se lie d’amitié avec une jeune gamine, qui à son tour disparaît ; il part alors à sa recherche. L’histoire est presque secondaire à côté de l’atmosphère sublime de ce film ; encore des « gueules » parmi les personnages, des couleurs géniales, et un côté un peu steampunk qui n’est pas pour me déplaire. Le film fait un carton, notamment aux États-Unis, et ce n’est sans doute pas un hasard si le jeu vidéo de 2007, Bioshock, est si proche en ambiance, couleurs, et décors.
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C’est la fin de la collaboration de Caro et Jeunet. Je ne sais pas pourquoi. Caro, qui apportait toute l’ambiance fantastique des films, retournera dans l’ombre : une ou deux collaborations artistiques à des films (Vidocq et Blueberry), un album aux huma… Début 2008, il réalise Dante 01, science-fiction à la française. Sorti à peu près en même temps qu’Eden Log (lui réalisé par Franck Vestiel), qui est sur le même marché et du même scénariste (Pierre Bordage), les deux films ne marchent pas bien, à ma connaissance. Dommage. Fleur.

alien_resurrection_ver31997 ; Jeunet, un peu pour rigoler, postule alors à l’appel à candidature pour réaliser le prochain Alien : la résurrection. Sans doute porté par le succès de la cité.., il décroche le rôle. Dan Boyle et Peter Jackson étaient également pressentis ; et pour info, le script du film est de.. Joss Whedon ! Comparer les Aliens est difficile, chacun porte la marque de son réalisateur : Ridley Scott, James Cameron, David Fincher (même s’il renie son enfant car il n’a pas eu le dernier mot sur la réalisation) ; et celui de Jeunet ne déroge pas à la règle : outre sa réalisation, sa maîtrise des couleurs, Jeunet emporte avec lui ses acteurs fétiches (dont Pinon) et les gens avec lesquels il travaille régulièrement, comme Pitof pour les effets spéciaux.
En 2007, on lui proposera à nouveau de réaliser un blockbuster, mais il refusera (parce qu’il a trop peu de marge de manœuvre dans la réalisation) : Harry Potter et l’ordre du Phoenix !

ameliepDevenu riche (je déconne), ayant arrêté sa collaboration avec Caro-l’ambiance-fantastique, Jeunet se lance alors dans LE film qu’il veut faire depuis longtemps, dans SON style, celui que l’on trouve dans son court Foutaises par exemple : Le fabuleux destin d’Amélie Poulain (2001). Je pense qu’on peut dire que ce film a marqué la France. A mon avis plus que les chtis, mais pourtant c’était le même phénomène : sans qu’on s’y attende, les entrées ne cessent d’augmenter, et les gens vont le voir deux, trois fois… (Et contrairement au chtis, ce n’est pas du nivellement par le bas, et personne ne ressort déçu, mais je m’égare :p).  Soutenu par la musique de Yann Tiersen, dont le cousin était mon prof d’histoire en seconde, mais je sens que vous vous en foutez, le film va bouleverser des milliers de gens, touchés par cette histoire d’amour, cette narration hors du commun, et cette héroïne un peu gauche qui attache tant d’importance aux petits détails du quotidien. « Elle ramasse son sucre avec le doigt, comme _MOI_ ». Et c’est aussi le début d’Audrey Tautou, dont à mon avis le cinéma français voire mondial se serait bien passé. Je n’irai pas plus loin sur Amélie Poulain : la réalisation est superbe, et Jeunet excelle dans son art de conteur, je ne vois pas quoi dire d’autre.

un.long.dimanche.de.fiancaillesEn 2004, Jeunet ressort un film, Un long dimanche de fiançailles. Adapté d’un roman, une histoire d’amour qui se passe pendant la guerre de 14-18, il est attendu au tournant par la presse et le public, et à mon avis beaucoup sont déçus. Moi, je suis comblé. Ce film est tout ce que j’attendais de Jeunet (sauf Audrey Tautou) : une ambiance soignée, une belle réalisation, et un film agréable, tout en douceur, un ton calme et juste après le rouleau compresseur Amélie Poulain qui tire un peu à l’indigestion.
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micmacs-afficheAprès un temps d’absence, Jeunet remet ça : Micmacs à tire-larigot. Annoncé et attendu depuis plusieurs années, il sortira dans les salles la semaine prochaine. Tourné avant les chtis, le rôle principal est tenu par Dany Boon, dans un rôle dans un sens similaire, et j’espère qu’on ne lui reprochera pas ça (soyons clair, on le lui reprochera). D’autres acteurs habituels : Pinon, Moreau, Dussolier, Marielle…
Je ne vous en dirai pas plus parce que :
-je ne l’ai pas vu car je ne suis pas encore invité aux avant-premières
-je ne lis rien sur les films que je vais voir _avant_ de les avoir vu
-la critique de ce film fera sans doute l’objet d’un prochain article par un de mes collaborateurs ^^

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20 commentaires leave one →
  1. 25 octobre 2009 08:52

    En tout cas, j’irais le voir aussi !

  2. Lib permalink
    25 octobre 2009 08:59

    Amelie Poulain… C’est marrant, autant j’ai été super emballée au moment de la sortie ciné, autant quand je le revois maintenant, je ne suis pas sûre de même aimer ce film. Il y a de très bonnes choses – l’épicier tyrannique et son grouillot (excellent Jamel Debbouze), et bien sur, la musique (je n’ai pas eu le cousin de Yann Tiersen en prof, mais je le croisais souvent au lycée, et on était toutes folles de lui :p). Mais je trouve que le film reste en surface, se
    contentant de régler les problemes dans leur immédiate superficialité sans aller au fond des choses…

  3. Syracuse Cat permalink
    25 octobre 2009 10:46

    Mais justement, la surface des choses, c’est fondamental, c’est magnifique : « We’ve got to learn to stop bravely at
    the surface » a dit Leonard Cohen dans Beautiful Losers, et apparemment c’est une idée qu’il a piquée à Nietzsche, dans Le Gai Savoir (que je n’ai pas – encore – lu, donc attendant merci Google). Il n’y aurait pas de beauté superficielle sans une profondeur réelle, mais dissimulée.
    Sans avoir l’air d’y toucher, Le Fabuleux destin… est un film très marquant, et moi je l’aime toujours autant.

    • Lib permalink
      25 octobre 2009 10:55

      Je suis tout à fait d’accord, Syracuse Cat… mais dans Amélie Poulain, je ne la trouve pas, la profondeur réelle.

      • Syracuse Cat permalink
        25 octobre 2009 12:34

        C’est pas grave, je t’aime quand même !

  4. Lien Rag permalink*
    25 octobre 2009 17:21

    Amélie P. a différents niveaux de lecture, et c’est pour ça qu’il a été passionnant et que tout le monde est allé le voir plusieurs fois. Depuis, tout le tapage médiatique que ça a fait, tapage au premier degré, ça nous a clairement dégouté de la chose.

    Je ne sais pas si Jeunet a prévu un niveau de lecture critique, mais je ne serais pas étonné. On peut regarder amélie poulain d’un œil expérimenté et sévère, et voir à quel point elle projette son malheur sur celui des autres ; voir comment ses « solutions » sont des pis-aller (le coup arrangé entre les deux célibataires est nécessairement voué à l’échec ; la concierge vit sur des illusions qui ne sont pas bonnes, etc.).
    Après, ça reste un film fantaisiste et gentil -et une comédie sentimentale-, le but n’est pas de faire de psychologie, juste de raconter une histoire. Pas de débattre sur le thème « Amélie fait-elle le _bonheur_ autour d’elle ? ».

    Sinon, Lib, tu m’étonnes que vous tourniez tous autour de Mr Tiersen, c’était un motard bien foutu avec juste ce qu’il faut de rebel-attitude. Un mélange de Garou et de Brad Pit, outre qu’il était super sympa 🙂
    Ça n’empêche que le programme d’histoire de seconde était un peu à chier 😀

    • Lib permalink
      25 octobre 2009 17:39

      C’est complètement ça qui m’a déçue quand j’ai revu Amélie P. : je me suis rendue compte que ses solutions que je trouvais si géniales ne résolvaient rien, au fond. La déception a été d’autant plus grande que j’avais vraiment aimé le film au début (j’ai même acheté l’édition collector du DVD, j’ai toujours la boîte en ferraille dans lequel il était vendu, j’y stocke mes savons maintenant ;)), et du coup, je suis tombée d’autant plus haut en le revoyant quelques années plus tard.

      Cela n’enlève rien à son charme suranné, il y a des très bonnes trouvailles, et c’est merveilleusement joué (sauf pour vous savez qui, Lien Rag a su le dire avec les mots justes…)… mais pour moi, la magie ne marche plus – et c’est quand même un peu là-dessus que repose le film. A mon sens.

  5. Makuchu permalink
    25 octobre 2009 17:48

    Avec le recul, je préfère « un long dimanche de fiançailles » (je n’ai vu qu’Amélie et lui de l’œuvre de Jeunet), j’ai trouvé qu’on se plongeait plus dans l’ambiance et l’époque …

  6. Ofboir permalink
    26 octobre 2009 10:15

    Moi comme tout le monde, j’ai beaucoup aimé Amélie Poulain à sa sortie, et même quand je l’ai revu plus tard. Après honnêtement, les questions sur la psychologie d’Amélie ou sur la portée des solutions qu’elle propose, je m’en fous. C’est avant tout un film d’ambiance, léger, sympa et décalé. Après j’ai été un peu déçu par Un long dimanche de fiançailles. Pas que ce soit un mauvais film, loin de là, mais parce que c’est un peu une redite d’Amélie Poulain niveau ambiance, je trouve. La surprise n’était plus là.
    Par contre j’ai adoré Delicatessen et surtout La cité des enfants perdus. Une ambiance de malade, des acteurs exceptionnels (je pense à Pinon dans La cité), et un visuel euh … déroutant.

    • Lien Rag permalink*
      26 octobre 2009 10:23

      Pour moi, c’est clairement la cité des enfants perdus le meilleur, parce qu’il réunit tout ce que j’aime chez caro/jeunet et jeunet/jeunet : décors, ambiance, couleurs, etc.

      • Ofboir permalink
        26 octobre 2009 10:28

        On est d’accord.

  7. 26 octobre 2009 14:01

    Pour Amélie poulain j’ai adoré ce film quand il est sorti. Une vraie tranche d’humanité et de candeur, avec une audrey tautou touchante et un peu naïve. Le problème, c’est qu’a un moment tu réalises qu’Audrey tautou joue tout le temps de la même façon. Genre la nana un peu nunuche, un peu co-conne voir même carrément agaçante. Pour dire, dans un long dimanche de fiançailles j’avais l’impression de voir Amélie poulain encore et encore. Dans les Poupées russes pareil, mais avec une couche de chiantox par dessus.

    En fait voilà, Amélie poulain c’est comme Highlander quand le deux est sorti, c’est rétroactivement devenu une déception.

    Bref, toujours est-il que Délicatessen, ça c’était bon. Même carrément. Tout comme la cité des enfants perdus m’a embarqué totalement avec son onirisme étrange et déroutant.
    Par contre pour son dernier film… je sais pas, j’attends de voir ce que ça va donner Dany boon dans un rôle à contre emploi.

    • playne permalink
      26 octobre 2009 14:17

      Et c’est là où je dis : « NON ».
      Je dois faire partie de l’infime minorité des gens qui n’ont pas apprécié Amélie Poulain : le monde est beau, le monde est gentil, tout blanc et on dirait que les murs ont été vaporisés au curry. (Attention, citation !)
      C’est poisseux et je rejoins l’opinion de Iain sur le « jeu » de Tautou, heureusement qu’elle est mignonne…d’ailleurs je n’ai pas compris : elle a quoi de fabuleux l’histoire d’amour ? A part qu’ils s’organisent des petits jeux de piste dans Paris et qu’ils se sautent dessus sans jamais s’être parlé ?

      • Ofboir permalink
        26 octobre 2009 20:05

        D’autant plus que le mari de la gardienne s’est barré parce qu’elle est conne et moche !

      • Lien Rag permalink*
        27 octobre 2009 13:04

        Et puis si t’es allergique aux framboise ou que t’aimes pas la cleopatra, si tu fais pas de collection débile, au final tu t’insères pas…

    • Lien Rag permalink*
      26 octobre 2009 14:18

      En fait voilà, Amélie poulain c’est comme Highlander quand le deux est sorti, c’est rétroactivement devenu une déception.

      HAHAHA j’adore 😀

      • Makuchu permalink
        26 octobre 2009 18:18

        Par rapport au fait que « Le long dimanche » soit une redite de « Amélie », en fait, je suis pas d’accord… Le « long dimanche » est d’abord un roman, où on retrouve ce coté « narratif » sympa des portraits et des événements, qui est ensuite devenu la marque de Jeunet. J’avais lu quelque part au moment de sa sortie qu’il soulignait ce fait, et que « Amélie » lui avait offert la renommée pour pouvoir enfin réaliser le « long dimanche », projet qu’il avait depuis très très longtemps en tête… (depuis qu’il avait lu le livre, en fait 😉 )

      • Lien Rag permalink*
        27 octobre 2009 09:38

        Mouairf, alors ça, les réalisateurs la font à chaque fois… Il a aussi dit que Alien lui a donné la thune pour Amélie Poulain ; tout le monde pense que c’est la cité.. qui lui a permis d’avoir la renommée pour faire Alien…
        Ça me rappelle Kassowitz qui dit aux ricains après les rivières pourpres « je suis le roi en france, c’est pour ça que je viens faire gothika chez vous » et qui qques années plus tard nous dit « j’ai fait gothika à l’américaine pour avoir de l’argent, pour pouvoir faire babylon A.D dont je rêvais depuis longtemps ».
        Dans tous les cas c’est étrange cette manière de tenter de légitimer les nouveaux films en minimisant les anciens…

        Faut être réaliste, la filmographie des réalisateurs est souvent une suite logique, donc c’est normal que chaque film ait été permis par le(s) précédent(s).

  8. Syracuse Cat permalink
    19 janvier 2010 21:20

    Tiens j’ai vu Foutaises hier au ciné, le Denfert (dans le 14e, comme son nom l’indique… aux Parisiens) organisait une séance spéciale de courts-métrages, y avait de tout, que du bon… Du noir et blanc, de l’animation, du muet, du drame et de l’humour, des petits Anglais qui se bourrent la gueule et prennent du bon temps, et aussi un mec qui préfère refaire ses lacets que déclencher son parachute. Et du Jean-Pierre Jeunet, pour moi inédit, et j’ai beaucoup aimé. C’est vrai qu’on sent bien la parenté avec Amélie, mais pas que. C’était chouette.

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