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La fée écossaise et le prince américain

13 octobre 2009

lanegancampbellsmall7aaIl est 19h, 19h30, je rentre d’un baby-sitting. Le train qui quitte Meaux pour rejoindre Paris est presque vide, comme d’habitude. Personne ne rejoint plus Paris à cette heure-là, ce sont les banlieusards qui font la transhumance quotidienne vers leurs banlieues dortoirs. Je ne vais pas à Paris moi non plus, je descends à la prochaine gare. J’ai un livre dans mon sac, pour passer le temps, pour éviter de croiser le regard d’un wesh wesh casquette qui pourrait penser que je le provoque. Sur le siège à côté de moi, un DirectSoir délaissé expose sa couverture déchirée. Je l’attrape, parcours l’horoscope du lendemain, puis feuillette distraitement les pages culture. Un entrefilet attire mon attention, parce que je viens de découvrir le groupe écossais Belle & Sebastian : l’ancienne chanteuse y est citée. Un second album en collaboration avec Mark Lanegan est sorti il y a peu, ils passent le week-end suivant à La Cigale à Paris. J’ai déjà quelque chose de prévu ce soir-là, mais je lis quand même le court article. Élogieux, dithyrambique… mon attention est titillée. Sauf que pour une fois, je poursuis la démarche en rentrant à la maison, et tape « isobel campbell mark lanegan » sur Deezer. Deux jours plus tard, j’ai acheté (oui oui !!) les deux albums issus de leurs collaboration.

isobel_campbell_bpElle : Isobel Campbell. Née en 1976 à Glasgow. Choriste du groupe Belle & Sebastian, formé par Stuart Murdoch et Stuart David en 1996. Violoncelliste également. Une voix douce, aérienne, presque irréelle, comme celle d’un esprit écossais perdu dans la bruyère des Highlands. Ce genre de voix pure et cristalline que l’on entend sans vraiment écouter, mais qui, sans que vous vous en rendiez compte, finit par ne plus vous quitter. Une vraie sensibilité aux émotions véhiculées par la musique, une identité celtique moderne qui évite l’écueil du folklore cher aux touristes.

Lui : Mark Lanegan. Né en 1964 à Ellensburg, dans l’état de Washington. Membre des groupes Screaming Trees et Queens of the Stone Age. Une voixLANEGAN2 éraillée de bad boy américain qui a trop fumé, trop bu, une voix comme une blessure à vif qui ne cesse de se rouvrir pour saigner de plus belle. Une sensibilité rustre et virile, qui émerge dans la profondeur d’un timbre de voix à la fois inquiétant et mystérieux, que l’on s’étonne de vouloir suivre – parce qu’on ne peut pas faire autrement, tout simplement.

Le plus improbable des duos. Et pourtant, grâce à une alchimie qui touche à la magie, ça colle. Le mariage de ces deux voix ne relève pas de la collaboration musicale – mais de l’évidence.

Le premier album, Ballad of the Broken Seas, est une véritable perle. Le premier morceau, ‘Deus Ibi Est’, nous plonge tout de suite dans un univers sombre et angoissant, impression renforcée par la voix inquiétante de Mark Lanegan, le rythme pressant des percussions et de la guitare – avant d’être doucement apaisé par la voix de Campbell, qui apparaît en filigrane, comme celle d’un ange gardien.

Lui, l’être torturé, en quête de vengeance, sur fond de bataille :

Against my will to these sad shores
An unknown force has drawn me
Bound unto a future shaped by ancestors before me
Day on day I march the beat to someone else’s drum
I have searched far foreign lands there’s nowhere left to run

Impending storm rise up rise up
Oh demons I shall shame you!
Look down the barrel of my gun and one by one I’ll name you
Day on day my brothers leave go marching off to war
Yet we never understand for what we’re fighting for

Elle, l’ange gardien porteur d’espoir :

Ubi caritas et amor
Ubi caritas
Deus ibi est

Pour ceux qui ne maîtrisent pas le latin d’église… « là où sont l’amour et la charité, Dieu est présent. »

La suite de l’album se décline en balades mélancoliques – comme le titre éponyme de l’album, que je ne trouve pas dans une version potable sur le net…et morceaux plus sombres, plus cover broken seasperturbants, touchant au sublime – le superbe Revolver (désolée pour l’enregistrement live un peu cracra…), écrit par Mark Lanegan. Et mon morceau préféré, (Do You Wanna) Come Walk With Me?, le clip que je vous ai collé plus haut, aux paroles délicieusement suggestives…

I’m not saying I love you
I won’t say I’ll be true
there’s a crimson bird flying
when I go down on you

Je vous laisse traduire…

Le deuxième album, Sunday at Devil Dirt, reprend ces codes, poussant encore plus loin la sensualité à fleur de peau qui émane de chaque morceau. The Raven reproduit la construction dramatique de Deus Ibi Est, tout en faisait référence au poème d’Edgar Poe du même nom – sauf que le corbeau de Lanegan, personnifié par la voix aérienne de Campbell, se transforme en femme sensuelle alors que la chanson touche à l’érotisme pour qui sait interpréter les images puissantes.

Sunday_at_devil_coverbigPeut-être un peu plus sombre, ce deuxième album, un peu plus pessimiste, mais au combien troublant. Certains morceaux sont parfois difficiles à apprécier à la première écoute, parce qu’ils sont dérangeants, inhabituels – mais au fur et à mesure des écoutes successives, on plonge peu à peu dans le monde de Campbell et Lanegan, si particulier, trop plein d’une émotion vive, d’un bouleversement profond qui touche aussi bien les voix que les auditeurs. Heureusement, une ballade à la guitare, comme Something To Believe, vient parfois alléger cette atmosphère, sans pour autant rompre la magie qui semble opérer à chaque écoute.

I have travelled the world around
Wondered far from home
Sailed the ocean in foreign skies
Still further to go
Back into my babies arms
From this world of woe
That was such a long long time ago

Je n’ai rencontré encore personne qui écoute ce duo, découvert au hasard d’un gratuit dans le train. J’espère que vous apprécierez – voire que vous serez bouleversés par leurs deux albums comme je l’ai été. Mon seul regret : ne pas avoir renoncé à mes projets ce fameux samedi, afin d’aller les voir à La Cigale. Je n’attends qu’une chose : qu’ils enregistrent un troisième album et repartent en tournée tous les deux. Rien n’est moins sûr. Et peut-être est-ce pour le mieux – un troisième album, ce serait prendre le risque de briser ce fragile enchantement…

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4 commentaires leave one →
  1. esperluette permalink
    17 octobre 2009 06:29

    Syracuse Cat a attiré mon attention sur ce pub si bien fréquenté et ouvert à tous.
    Je ne regrette pas aucune de mes visites !
    Merci pour cette découverte. C’est exactement ce que j’ai envie d’entendre en ce moment : savoureux, triste et doux à la fois !

  2. Lib permalink
    17 octobre 2009 12:47

    Ça me fait plaisir de vous voir commenter ici !
    Je trouve également que cette musique correspond bien à une certaine humeur,un certain état d’esprit – surtout en automne, alors qu’il commence à faire froid et que l’on regrette de voir l’été partir…

    • playne permalink
      19 octobre 2009 16:59

      Je tourne sur Sunday at the Devil Dirt depuis hier soir, c’est juste le soundtrack parfait 😉
      Merci merci pour cette découverte musicale !

Trackbacks

  1. Live report – Isobel Campbell & Mark Lanegan au Café de la danse « Culture's Pub

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