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Infraordinairement vôtre.

8 octobre 2009

9782715228245FSCommunication infra-ordinaire : théorie de l’infra-ordinaire; signes, objets et pratiques de
communication anodins qui tissent le quotidien et instituent les rapports sociaux.

Emmanuël Souchier
Professeur en Sciences de l’Information et de la Communication

Je regardais l’autre soir (samedi 3 octobre) l’émission de Ruquier, On n’est pas couché, et l’un des invités n’était autre que Philippe Delerm, qui m’avait enchantée, il y a déjà quelques années, avec sa Première Gorgée de Bière et autres plaisirs minuscules… Venu présenter son nouveau roman, Quelque chose en lui de Bartleby, Delerm s’est vu reprocher par Éric Naulleau de ne s’intéresser qu’aux petits riens de la vie, qui sont, au fond, chiants comme la pluie.

Alors moi, ni une ni deux, j’ai couru m’acheter le bouquin (14,50€, il m’a fallu un peu plus d’une heure pour le lire, quand je vous dis que les médiathèques, c’est l’avenir…), histoire de me faire mon propre avis. Parce que moi, Delerm, j’aime beaucoup. Et Naulleau, beaucoup moins…

Delerm, au fond, c’est l’écrivain des petits riens. C’est tout l’objet de La Première Gorgée… et c’est ce qui a fait sa gloire. Plutôt que de mettre en scène des personnages insolites, des événements marquants ou des histoires extraordinaires, il s’attache à ces gestes, ces objets du quotidiens tellement banals que plus personne n’y prête attention : c’est ce que d’aucuns appellent l’infraordinaire, cette réalité de tous les jours qui devient chargée de sens une fois qu’elle est extirpée de son contexte pour être exposée aux yeux de tous et devenir digne d’intérêt. C’est pour cela que le procès fait à Delerm par Naulleau semble spécieux : que l’on n’apprécie pas cette perception de la réalité au travers de l’écriture, soit. Il semble cependant difficile de reprocher à un auteur son rapport au monde.

Quelque chose en lui de Bartleby est l’histoire d’un homme, Arnold Spitzweg, qui n’accomplit rien – et qui se dérobe au moment où lui est donnée l’opportunité de le faire. Il se satisfait de son anonymat. Il ne se rend nulle part, il flâne. Il ne travaille pas pour faire carrière, mais parce qu’il faut bien travailler. Dès qu’une activité menace de devenir un moyen plutôt que de rester une fin en soit, il la cesse. Il est l’anti France de Sarkozy par excellence, il refuse toute productivité, tout résultat, toute ambition.

Jusqu’au jour où le blog de Monsieur Spitzweg, http://www.antiaction.com, devient connu. Mentionné sur France Inter. Lu par des milliers d’internautes. Menaçant Monsieur Spitzweg d’accomplir quelque chose. Car ses lecteurs érigent son mode de vie en modèle, ce qui rend perplexe Monsieur Spitzweg. Contrairement à Naulleau, les internautes saluent ce regard nouveau sur la réalité du quotidien, cette flânerie épicurienne loin de tout bling-bling tape à l’oeil.

Mais ce regard est-il vraiment nouveau ? Delerm fait du Delerm, et après avoir fini le livre, on a le sentiment d’avoir lu « encore un autre Delerm » sans vraiment y trouver de profondeur, unphilippe-delerm autre niveau de lecture qui aille plus loin que la charmante description d’une vie sans histoires. L’intrusion d’Internet dans l’univers de l’auteur pourrait être intéressante, mais Delerm ne l’assume pas vraiment, il surfe superficiellement sur la vague de la modernité, sans vraiment y croire : il semble bien plus à l’aise dans ses descriptions d’un Paris de carte postale, à la Amélie Poulain. Beaucoup de clichés, certes, mais maniés avec l’élégance d’un écrivain qui connaît son métier. Un régal pour tous ceux qui apprécient une belle plume – mais sans véritable originalité.La révolution initiée par La Première Gorgée… s’est essoufflée, galvaudée par les Bénabar et les Delerm fils qui ont popularisé le genre. L’auteur, en citant son fils au détour d’une phrase, semble lui-même en faire l’aveu…

C’est merveilleusement écrit. C’est plein de ce charme suranné qui caractérise l’oeuvre de Delerm. Mais rien de bien nouveau sous le soleil. Au fond, ce roman qui se veut une réflexion sur la notoriété moderne n’assume aucun des partis pris qu’il amorce – et finit par sonner creux.

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4 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    9 octobre 2009 13:41

    J’aime beaucoup Naulleau et sa critique est tout à fait juste ; on est ensuite de son point de vue ou non (« lire des petits détails de la vie c’est chiant »), mais l’analyse n’est pas tronquée. C’est amusant de voir que, comme tu le soulignes, les plus violentes critiques d’Amélie Poulain portaient là dessus, et que les moqueries sur Delerm-fils portent (outre sa voix) sur ce point aussi.

    Perso, quand je déprime, j’aime beaucoup écouter du vincent Delerm, sinon c’est Radiohead ou Saez, histoire de bien m’enfoncer dedans. Mais outre l’aspect goût, faut avouer que ses textes n’ont aucun intérêt 😀

    • Lib permalink
      10 octobre 2009 14:23

      Delerm se défend très mal, en plus. Son argumentation est lamentable.

  2. platypus permalink
    10 octobre 2009 18:53

    Je m’étrangle ! Naulleau bon ? Il est de plus en plus mauvais ! Incapable d’argumenter correctement, lançant des phrases provocatrices souvent non fondées juste pour tenter de faire le show. Son groupe facebook « la vie est trop courte pour lire de mauvais livres » ne lui sert qu’à annoncer les émissions dans lesquelles il sera, il n’y a aucun enjeu littéraire ! Simplement un type fade qui essaie de se faire voir. Quand on apprend qu’il est éditeur chez GF, on se demande comment il lit les livres, lui qui en parle si mal. C’est très dommage, d’autant plus que Zemmour qui est réactionnaire, misogyne, xénophobe et tout ce qu’on veut est beaucoup plus intelligent que lui, plus cultivé et passe hélas bien mieux à la télé.
    Dans le désert de la littérature contemporaine française, par pitié lisez un Haenel plutôt qu’un Delerm, qui écrit comme son fils chante : mal.

    • Lien Rag permalink*
      11 octobre 2009 18:19

      1/ Je n’ai pas dit que Naulleau était bon.
      2/ Je le connais surtout pour ses passages dans de vrais émissions, genre Arrêt sur images ou l’émission littéraire D@ns le texte, ce genre d’émissions, où, comme Naulleau le fait remarquer, le temps de parole et d’exposition des idées est respecté.
      Même si ‘On est pas couché’ a des qualités, ça reste un divertissement, et ça reste de ce niveau. Toute tentative d’élever le débat est de toutes façons coupée au montage, ce qui donne certes des résultats marrants qui font le buzz (pour Naulleau comme Zemmour), mais qui n’ont pas de qualités de débat intrinsèques.
      On ne peut pas demander aux gens de la télé de faire de la qualité, alors qu’on a accepté que la boite à image ne soit qu’un média de masturbation populiste.

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