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Ces BDs qui nous aident à comprendre (4) – Art Spiegelman

24 septembre 2009
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Je pensais avoir terminé cette série, mais je suis tombé sur le recueil de Maus à la bibliothèque. Je l’ai évoqué dans le premier post, mais je ne l’avais pas lu. C’est chose faite. Et c’est une claque dans la gueule.

Pour le coup, il est assez possible que Maus soit la première BD autobiographico-historique. Les premières planches ont été écrites dans les années 70, mais c’est entre 81 et 91 que le principal sera publié. Et en 1992, l’œuvre reçoit le prix Pulitzer.

L’histoire, publiée en deux tomes aujourd’hui en recueil, raconte, entremêlées, la relation tumultueuse entre l’auteur et son père (l’un voudrait que l’autre raconte sa vie pendant la guerre et des souvenirs de sa mère ; l’autre se plaint de la vie chère et de sa nouvelle femme) et l’histoire de ce père, en Pologne, pendant la seconde guerre mondiale. Si la partie contemporaine semble moins intéressante, elle donne de l’humanité au récit et aux personnages (les blogs nous l’ont bien montré). Mais c’est évidemment la seconde partie qui nous intéresse, qui nous tient aux tripes : comment la vie a changé à partir de l’accession au pouvoir d’Hitler, la déclaration de guerre et la prise de la Pologne ; la vie en Pologne occupée, puis dans le ghetto, puis à Auschwitz. Et surtout, comment, de façon incroyable, le père de Art Spiegelman arrive en permanence à s’en sortir, alliant chance et méfiance, prévision et prudence…

La force et l’intérêt du livre, c’est de ne pas être « encore un ouvrage sur la 2e guerre mondiale » ou pire « encore un ouvrage sur la shoah ». Juste un témoignage, qui ne se veut même pas représentatif, juste une exemple vécu, un point de vue… Qui vient de Pologne, qui ne croule pas sous les reportages, parce qu’on préfère ressasser une n-ième fois les questions franco-françaises. Une petite partie est consacrée aux doutes de l’auteur, alors que le premier volume est sorti, et qu’on lui demande un message, des réponses, qu’on essaie de le récupérer etc. Également intéressant.

Au niveau style, il s’agit de zoomorphisme (ou d’anthropomorphisme, selon le point de vue). Ce n’est pas le premier, Carl Barks (le papa de Picsou et celui qui a inspiré Trondheim) le faisait déjà dans les années 30, et grosso modo à la même époque, Disney inventait Mickey et sa clique, qui eux même mirent fin à la popularité de Felix the Cat. Et je ne parle pas des fables de La Fontaine :). Mais ici, Art Spiegelman attribue à chaque peuple un animal différent : les juifs sont des souris (Maus en allemand), les allemands des chats, les français évidemment des grenouilles, etc. Il reprend en fait la propagande nazie qui représentait les juifs en souris et les polonais en porcs. Le dessin à l’encre est agréable mais peut-être fatiguant à lire pour ceux qui sont habitués aux BDs franco-Belges ou pire : aux éditions Soleil.

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Pour finir, une autre BD, plus récente, parle de la Pologne, cette fois dans les années 80, sous la dictature communiste (presque un pléonasme). Et comme pour la dernière fois, je me contenterai de cette ouverture, parce que, bizarrement, une fois dans les mains, le phénomène Dupuis sans doute, ben ça ne m’a pas plu. Il est publié dans deux versions, une colorisée kikoolol, celle que j’ai vu, que j’ai trouvé détestable, mais apparemment une version plus sobre serait sortie depuis (cf. lien sur couverture)… Et c’est sur ces quinze virgules en trois phrases que je vous laisse jusque la semaine prochaine 😀

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4 commentaires leave one →
  1. 24 septembre 2009 07:37

    Cette Bds à l’air vraiment « sympa », au du moins intéressante à lire. j’en ai déjà entendu parler, mais je l’ai jamais eu en main … (elle doit se planquer dans les rayons, où alors j’ai pas fouillé aux bons endroits).
    Par contre, j’avoue que l’idée de donner une seul interprétation antropomorphique par « peuple », « race » ou « nation », me gêne, voir m’agace… Ca à l’air d’être à prendre au second degré, certes, mais ça me faire beaucoup trop penser à la BD : « La bête est morte », que je ne mettrais pas en lien içi tellement je ne la supporte pas. Pour plus de précisions, il s’agit de « l’histoire de la 2nd guerre mondiale » en version pour le moins simpliste : les allemands sont de méchants loups (ou bergers … allemands), les russes de gros nounours blancs à grandes dents, les anglais des dogues, et les français de gentils petits lapins et souriceaux (le « peuple » juif, d’ailleurs est également représenté en souris), massacrés et torturés gaiement par les grands méchants loups. bref, l’esprit revanchard donne envie de vomir, et la réduction des humains à leurs « race » est insupportable.
    Mais comme j’ai pas lu « Maus », qui a l’air d’être beaucoup plus « intelligent », je vais attendre d’en savoir un peu plus avant de continuer mon analogie…

  2. platypus permalink
    27 septembre 2009 20:20

    J’ai lu Maus il y a une dizaine d’années déjà et je replonge le nez dedans à l’occasion, pour moi c’est un des meilleurs témoignages qui aient été faits sur les camps avec « Si c’est un homme » de Primo Levi. Je trouve au contraire que l’assimilation des différents peuples à des espèces animales est une très bonne trouvaille. Elle permet de voir les rapports de force à l’oeuvre à l’époque . Cette idée donne par ailleurs encore plus de force au dessin, pour lequel le risque serait d’être noyé sous des textes forcément sérieux. Après bien sûr le risque de caricature existe mais je crois que ce n’est jamais le cas dans l’oeuvre de Maus…
    Sur cette thématique, je vous signale au passage la sortie du dernier roman de Yannick Haenel intitulé « Yan Karski » qui traite de l’abandon des juifs d’Europe. Historiquement sa vision des choses est très contestable et c’est un peu juste d’un point de vue documentation, mais c’est très bien écrit et ça offre un regard intéressant sur la notion de témoignage.

  3. Lien Rag permalink*
    28 septembre 2009 08:44

    C’est sûr que un peuple/un animal ça peut poser des problèmes, mais ici en effet c’est plutôt une bonne trouvaille, un bon résultat, et comme dit platypus, ça apporte immédiatement, graphiquement, des informations qui prendraient beaucoup de lignes autrement.
    Le seul « reproche » que je ferais à Maus est inhérent au principe du témoignage : il est au minimum partiel (et souvent partial, mais dans Maus il n’y a pas le problème ; si le père de Spiegelman est une tête à claque, il a une vision très réaliste de cette époque). Mais la lecture de Maus ne doit pas faire oublier que chaque pays a vécu ses drames, sans compter ce qui s’est passé du côté URSS, et _surtout_, que les juifs ne sont pas les seuls à avoir subi la déportation : entre autres les Tziganes et les homosexuels. Bien entendu les chiffres sont difficilement comparables (monsieur Maclouf), mais c’est bien la la difficulté du « devoir de mémoire », se souvenir de tout, et ne pas tomber dans l’émotion…

    • phylacterium permalink
      2 octobre 2009 17:17

      J’encouragerai tout le monde à lire Maus, ne serait-ce que parce que l’histoire est très prenante, et qu’il s’agit d’un regard différent sur la Shoah (un autre, certes, mais dessiné, ce qui change beaucoup de choses), différent et instructif.
      L’idée d’attribuer un animal à chaque peuple est, à mon avis, une façon de prendre ses distances avec la démesure de l’évènement ; c’est une sorte de formule de style graphique, comme pour dire ironiquement « non, ça n’a pas pu se passer dans le monde des humains ! ». Je le lis comme ça en tout cas. Spiegelman reste très juste et objectif, traitant le récit de son père avec le recul nécessaire, sans trop de dramaturgie.

      Machuku: Pour ce qui est de « la bête est morte », je partage tout à fait ton avis : la partialité rend la BD assez peu lisible avec le recul. Bon, il ne faut pas oublier le contexte : on sort tout juste de la guerre, et les attitudes germanophobes sont monnaie courante (excusables?). Je garderai quand même cette BD pour une seule raison : les dessins magnifiques de Calvo, avec ces grandes scènes d’ensemble qui fourmillent de détail.

      Et tiens, je fais honteusement un peu de publicité pour notre blog consacré à la BD. j’y parle d’un auteur, Carlos Gimenez, et de son oeuvre Paracuellos sur le franquisme qu’il a vécu étant enfant. Ca date de 1975, donc avant le Maus de Spiegelman (pour répondre à la question de la « première bd autobio-historique »). Une autre bd qui aide à comprendre une autre partie du monde et de l’histoire : http://phylacterium.wordpress.com/

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