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Ma BD du moment – Les Passagers du vent

15 septembre 2009

bois-caiman-couvertureIl semblerait qu’aujourd’hui, lorsqu’un prolifique auteur de BD sort un nouvel album, il soit difficile d’échapper à un marketing matraqueur… Alors si l’auteur en question est François Bourgeon, ajoutant un nouvel opus à sa cultissime série des Passagers du vent, plus de 25 ans après le dernier tome,  le passager du métro parisien peut découvrir d’immense affiches représentant Isa (sauf si, comme moi, il a les yeux embrumés le matin). Chacun peut avoir son opinion sur ce déploiement de force, mais cela ne suffira pas à me faire bouder mon plaisir, et m’empêcher de profiter de l’occasion pour vous faire découvrir ou re-découvrir cette série.

Les Passagers du vent, cycle de 5 tomes parus au début des années 1980, est maintenant devenu un classique incontournable pour tous les fans de BDs. Série légèrement scandaleuse à sa sortie (paraît-il, j’étais à peine née, je ne saurais donc l’affirmer), les « passagers » ont gagné leurs lettres de noblesses et sont devenus une référence du « 9e art ». On peut même retrouver des hommages épars dans d’autres séries, comme un tableau représentant la couverture de La fille sur la dunette, dans Péché Mortel (album sympa sorti en 1989, avec un scénario intéressant, soit-dit en passant – et d’ailleurs si quelqu’un trouve un jour un exemplaire de ce tableau qui n’existe sûrement pas, je suis intéressée).

Bref tout ça pour dire que si vous ne les avez pas lus, vous n’avez aucune excuse, car je suis prête à parier qu’il y a, ou eu, au moins un tome dans chacun des CDI de vos collèges et lycées.

passagers_du_vent_les__03_250Dans le doute, sans trop en spoiler le contenu pour ceux qui ne les ont pas ouverts, – et on en déduira donc qu’ils faisaient sagement leurs devoirs pendant les heures de perm’ ou alors qu’ils étaient occupés à couper au ciseau les cheveux de la fille placée devant eux (qui a dit « traumatisée « ?) – Les passagers du vent, c’est une grande saga humaniste, mêlant aventures et Histoire (avec un grand « H », car l’action se situe dans le XVIIIe siècle), un scénario finement ciselé, des personnages que l’ont n’oublie pas, des dialogues percutants, un humour léger, une recherche du détail, un amour de la mer et des bateaux et surtout un dessin magnifique et tellement particulier.

marie1On peut également citer l’érotisme et la sensualité qui se dégagent des dessins, mais j’avoue avoir du mal à en évaluer l’impact réel, ma subjectivité étant entachée du choc que j’ai subi à 9 ans lors de ma première lecture d’un des tomes que j’avais découvert dans « le-coffre-à-bandes-dessinées-de-papa-où-on-y-trouvait-pas-que-des-schtroumpfs ».

perso_passagers

Les passagers, ce sont ceux qui se laissent porter par l’avenir en recherche d’une vie meilleure, sans rester prisonniers de quatre murs. Il sont, principalement, au nombre de 3 :  la brune Isabeau (Isa, pour ses intimes que l’on rêve tous d’être…), qui peut se décrire en un seul mot : « liberté », Hoel, son beau et courageux marin breton aux yeux bleus, et Mary, anglaise fantasque et forte, fille-mère, amoureuse de la vie, et se donnant « toute entière à chacun » (mais attention, chacun, c’est pas n’importe qui). On les suit dans leurs quêtes, parcourant batailles navales, prisons anglaises pour finalement gagner les Antilles à bord d’un négrier et découvrir par là toute l’horreur du commerce triangulaire.

A la fin du cycle, Isa est seule à Saint-Domingue. (Non, le destin d’Hoel ou de Mary ne sera pas dévoilé ici.) Seule, mais elle n’a « somme toute que 18 ans, et toute la vie devant elle ».

fin_tome5

L’histoire du 6e tome, La petite fille Bois-Caïman,  commence en 1862, 80 ans après la fin du tome 5, où on découvre en pleine Louisiane meurtrie par la fin de la guerre de sécession, Zabo, une jeune fille rebelle du Sud, qui, elle aussi, « n’a que 18 ans et toute la vie devant elle ». On comprendra vite que Zabo, est en fait Isabeau, l’arrière petite-fille d’Isa.

Le second cycle sera un diptyque et s’ouvre avec ce tome 6 sur une double histoire mettant en parallèle la fuite de Zabo vers l’Ouest, et le destin d’Isa après son installation à Saint-Domingue, que l’on découvre avec délectation, au bout de tant d’attente.

zaboesquisse2

Cet album, très agréable à lire, mais avec moins d’actions que ses prédécesseurs, s’annonce plus comme une mise en place du 2e tome (déjà prévu pour janvier 2010). On voit chacun des mécanismes se mettre en place, et laisser présager de nombreux rebondissements. Le dessin est remarquablement fidèle à lui-même, le rythme également. On peut cependant remarquer une baisse de l’érotisme ambiant, mais après tout, M.Bourgeon à dépassé la soixantaine…

ZaboZabo est la principale découverte du tome. Jeune fille rebelle à la personnalité entière, on retrouve en elle de nombreux traits de la personnalité d’Isa. A la différence notable, qu’en pur produit de son époque et de sa naissance, elle serait plutôt « pro-esclavagiste », à la différence de son ancêtre, résolument contre l’esclavage.

Mais comme souvent dans les albums de Bourgeon, un personnage n’est jamais tout noir ou tout blanc (c’est bien le cas de le dire), et la jeune fille risque d’évoluer bien différemment par la suite.

Sur ce, bonne lecture …

Edit : Le post sur la fin du 2e cycle !

Isa_tome4

Pour en savoir plus :  Wikipédia

passager_couverture_tome1 couv_tome2 passagers_couv_tome3

Pour mieux apprécier l’œuvre de l’auteur :

  • Les Compagnons du Crépuscule : Moyen-Âge saupoudré de fantastique ;
  • Le Cycle de Cyann : Science-Fiction.
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18 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    16 septembre 2009 11:01

    Merci pour ce premier billet, très intéressant ! Je vais aller voir si la médiathèque du coin à quelques tomes que je pourrai emprunter…

  2. Lien Rag permalink*
    16 septembre 2009 11:52

    Comment cette série est trop géniale… Je crois que j’ai passé ma vie d’ado à essayer de trouver une série aussi bien. J’ai trouvé des trucs très bien, mais jamais de ce niveau. Je me suis mis à la relire et pour une fois mon regard blasé n’a pas trahi ma vision de jeunesse. Je ne peux que conseiller vivement de lire cette saga, qu’on trouve en effet dans n’importe quelle bibliothèque municipale (ou privée pour la génération des vos parents).
    Je voudrais rebondir sur l’érotisme chez Bourgeon. Moi aussi ça m’a marqué, car moi aussi j’avais bien moins de 10 ans (bon, quand on découvre Histoire d’O à 11 ans, ya plus rien à faire pour nous ^^). Mais attention, c’est à la fois très doux et très discret. En général une seule case, le regard furtif au travers d’un entrebâillement avant de frapper à la porte etc. Rien à voir avec le côté cru et industriel du hentai par exemple (avec un mot comme hentai, le traffic du blog va bien augmenter 🙂 ). Et puis Bourgeon rend vraiment hommage au corps de la femme 🙂

    Cette nouvelle édition me rend perplexe. Déjà parce que la série avait une fin, plutot pas mal d’ailleurs, et que relancer un cycle ça fait un peu réchauffé. Mais je vais lire le tome 6 avant de juger. Ensuite, détail plus trivial, je regrette les anciennes couvertures, perdues dans la réédition (problème de droits ?). Les tomes 1/3/5 (et 2?) avaient des couvertures « claque dans ta gueule » (les jpg rendent mal pour info). Les nouvelles couvertures n’ont pas grand intérêt…

  3. Iwayado permalink
    17 septembre 2009 11:33

    Lib, j’ai toutes les BD de Bourgeon à la maison, si ça t’intéresse
    Et je confirme pour Bourgeon et l’érotisme: pas tant dans cette série là que dans la série de la source et la sonde (cycle de Cyann). J’avais 13/14 ans quand je les ai lus (enfin, les premiers), et ça m’a fait, disons, un choc… (si vous voulez du vrai érotisme bourrin et un peu trop facile, lisez tout Mitton: entre Vae Victis et Quetzalcoatl, au moins une scène de viol par album, souvent plus).

    Pour cette nouvelle série, j’ai été un peu déçue du premier tome (on ne sait pas trop si on va suivre l’histoire d’Isa ou de Zabo par exemple). Mais j’aime bien l’idée de donner une autre vision de la guerre de Sécession que les gentils nordistes contre les méchants sudistes. bref, j’attends aussi la suite.

    Je conseille le cycle Cyann, aussi : de la bonne SF, même si sur la fin le scénario devient un peu difficile à suivre. J’ai moins aimé les compagnons du crépuscule en revanche…

    • Lib permalink
      17 septembre 2009 16:44

      Ah oui, je veux bien, Iwayado !

      Si tu veux une vision de la Guerre de Sécession où les Sudistes sont vus comme les gentils, il y a toujours Autant en emporte le vent, aussi… :p

      • Iwayado permalink
        17 septembre 2009 18:05

        Oui mais pour une raison que je ne comprends pas, je déteste ce film. Bon, la dernière fois que je l’ai vu, je devais avoir 10 ans, aussi, ça explique….-

  4. Lien Rag permalink*
    17 septembre 2009 11:49

    Les compagnons du crépuscule, le début est vraiment bien, on attend avec impatience de savoir où l’auteur nous emmène, d’avoir les réponses aux questions sur les personnages… Et puis après 8 ans de pause, le 3e bouquin est psychédélico-délirant, et bon c’est gentil mais ça casse tout l’intérêt du début et on ne comprend rien (ceci dit j’ai lu le cycle il y a longtemps).

    J’ai commencé le cycle Cyann la semaine dernière. C’est très dur de s’y mettre, parce qu’on commence « in medias res », dans un monde SF extrêmement complexe et fouillé, avec un mot inventé par bulle… On comprend une partie de l’histoire au milieu du 1er tome… …qui fait 120 pages ! Ensuite ça va mieux, je dévore le second tome en ce moment, mais vu qu’il y en a 4, je ne sais pas où l’auteur va nous emmener – après ce qu’a dit Iwayado, je crains le syndrome « compagnons du crépuscule ». En tous cas, malgré mon rejet de ce type de SF, et la difficulté à s’y mettre, c’est finalement très agréable à lire.

    • Iwayado permalink
      17 septembre 2009 18:40

      Oui, ça m’a fait ça aussi. Le côté « étrangeté totale » du premier tome, qui fait qu’il faut bien s’accrocher. Et en plus le personnage principal est vraiment antipathique, au début, ce qui n’aide pas.

      Mais bon, c’est aussi ça que j’aime bien dans la SF: le monde très recherché, où l’auteur ne fait pas que mitonner un univers à base de robots devenus intelligents ou d’extraterrestres rêvant de régner sur la galaxie. Mais c’est sûr que le risque c’est de ne plus rien comprendre. Par exemple je ne sais pas si quelqu’un l’a lu, mais un auteur de SF comme Van Vogt est vraiment très, très difficile à suivre…

  5. Lib permalink
    17 septembre 2009 20:10

    Enfin, Iwayado, c’est quand même un des plus grands romans de la littérature américaine, boudiou, avant d’être un film !!
    Je l’ai lu pour la première fois à 11 ans. True story, j’ai remis la main sur mon vieux journal intime cette semaine. Rhett Butler, mon premier amour…

    • Iwayado permalink
      18 septembre 2009 08:43

      J’avoue je ne l’ai pas lu… il faudrait que je le fasse un jour, ne serait-ce que pour lire du bon anglais pour une fois!
      Et pour le journal intime, condoléances: j’avais retrouvé le mien il y a quelques années, et je me suis demandée comment on peut écrire autant de c… quand on est préadolescent.

  6. 18 septembre 2009 09:47

    Je peux prêter aussi mes exemplaires des passagers et des compagnons. Pour Cyann, c’est raté, je l’ai ai laissés à mon père (faut dire que je les lui ai offert pour divers Noël et anniversaire, ça le fait pas trop de récupérer les cadeaux ensuite…).

    Pour Cyann, j’avais aussi été déconcertée en première lecture par la complexité du monde et par Cyann en elle-même, car comme l’a dit Iwayado, c’est pas le type de fille avec qui on a envie de faire ami-ami… Puis j’ai lu le 2e tome, et là, je me suis fais emportée par l’histoire, par Cyann qui devient (enfin ! ) plus humaine…Par la suite, j’ai eu l’occasion de bien tout relire le tout, et avec une meilleure compréhension du monde, le premier tome devient en fait, plutôt une réussite. Et finalement, c’est peut-être pas mal de suivre un perso qui n’est pas parfait. Peut-être un peu comme Zabo, finalement. J’ai par contre été sceptique lors de la parution des 3e et 4e tomes. Je le suis toujours un peu, surtout sur le 3e, qui est une très bonne BD, mais qui n’ajoute rien à l’histoire. Elle aurait peut-être été plus appréciable comme un « spin-off » tiré de l’univers. Le 4e, lui, renoue avec l’histoire du premier cycle, ce qui était déjà plus « justifiable ». Bref, j’attends de voir la suite (de la suite) pour la juger !

    Pour les compagnons, c’est un peu le même constat. Je me suis jetée dessus dans mon adolescence après avoir fini les passagers. je voulais retrouver l’émerveillement que j’avais eu… Et au premier abord, j’ai été décue, et j’ai du m’accrochée pour continuer… Et, a force des les lire et les relire, et de bien comprendre le monde et l’histoire, c’est devenu une de mes BDs préférées… Comme quoi …

    Rien à voir, je connais pas du tout l’auteur Van Vogt, mais comme j’aime bien la SF ça peut m’intéresser…il a écrit quoi ??

    • Iwayado permalink
      21 septembre 2009 13:16

      Alors de lui je n’ai lu que la saga du Non-A (A avec un petit trait au dessus, je sais pas du tout comment faire ça avec un clavier d’ordinateur), qui est je crois, de l’avis qui ont lu toute son oeuvre, le plus « accessible ». Et encore, c’est rude^^

      C’est de la science fiction des années 50, donc assez ancienne, avec tout ce qui va avec : il a écrit à peu près au même moment que Jack Vance (je ne sais pas si tu connais). Je te les aurais bien prêtés, mais mes exemplaires sont… en Corse!

      Cela dit si tu aimes la SF, est-ce que tu connais (en mode « space opéra bourrin) la saga de Traquemort (Deathstalker en anglais)?

      • 23 septembre 2009 07:32

        Effectivement,j e connais pas, faudra que j’essaye. (Prochain passage à la fnac, alors …) j’ai lu dans le temps certains romans de jack Vance, mais j’avais pas plus que ça apprécié… Pour le moment, mes préférés en SF reste Dune (je crois que c’est quasiment de la même génération que Jack Vance) et surtout Hypérion, de Dan Simmons. (Je l’ai lu au lycée, j’ai appris bien plus tard que c’était une référence « geek »… comme quoi, ça me colle à la peau…). Et si tu connais pas je conseille !! (c’est le livre que j’essaye de faire lire à tous les gens que je connais depuis 10 ans …)

  7. Syracuse Cat permalink
    3 novembre 2009 18:28

    Ok, je débarque, et j’assume : un mois sans internet, c’est autant de retard sur le blog… Et je me rends compte que j’ai lu tout Bourgeon (enfin tous ceux dont tu parles, j’ignore s’il y en a d’autres), sauf que mon père n’a pas Les Passagers…, ce qui signifie que je les ai piqués à quelqu’un et que donc je ne les ai lus qu’une fois, ce qui explique pourquoi je ne m’en souviens pas très bien. Iwayado, tu dis que tu les as chez toi, hm ?

  8. Lien Rag permalink*
    12 novembre 2009 09:07

    Je viens de finir le tome 3 de Cyann ; eh ben finalement c’est mon préféré ^^.
    Comme les deux précédents, on commence in medias res, certes, mais on ne connait pas moins le monde que l’héroïne, et on le découvre avec elle. On n’a pas l’impression de ne rien comprendre pendant la moitié des 80 pages comme dans le 1er tome.
    Ce 3e tome est tellement particulier qu’on n’a presque pas besoin d’avoir lu les autres pour comprendre (cependant c’est préférable pour saisir la toute fin avec les portes).
    Donc clairement Cyann, ça va en s’améliorant.

    J’en suis à la relecture du 3e des passagers également, c’est toujours aussi bien, même si comme le souligne ma colocatrice (^^) « il ne se passe pas grand chose par volume ».

    • Makuchu permalink
      12 novembre 2009 10:42

      Oui, j’ai discuté avec mon père du T6 des passagers quand il me l’a rendu, et je me rappelle lui avoir asséné : « il se passe pas grand chose dans ce tome« , ce à quoi il m’a répondu : « comme dans les autres » … euuuh, et ben oui … Ca n’empêche pas que ces BD sont délicieuses à lire, mais je ne peux que m’incliner devant la sagesse de ta « colocatrice » :p

  9. Lien Rag permalink*
    16 novembre 2009 13:46

    J’ai fini le tome 4 de Cyann, ça devient vraiment génial. Chaque tome est une planete que l’on découvre, c’est vraiment agréable, car intelligent et fin.

    Sur cette interview, Bourgeon explique qu’après le diptyque « passagers du vent » (soit 5+2 albums), dont le second sortira en janvier, il se remettra sur Cyann pour un 5e et dernier album…

    J’attends avec impatience 😉

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