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Welcome to Bagdad

13 septembre 2009

WELCOME TO SARAJEVO

Oscars 2010 : Meilleur film, Meilleur réalisation, Meilleur Scénario Original, Meilleur Montage, Meilleure Edition sonore, Meilleur Mixage sonore pour The Hurt Locker

Donc, comme Toyboy, j’ai passé quelques jours à Londres – un peu plus d’une semaine, en ce qui me concerne. J’ai eu l’occasion d’y voir, tout à fait par hasard, deux films aussi difficiles à regarder l’un que l’autre, aussi impossibles à oublier, et étrangement similaires. En DVD, Welcome to Sarajevo (1997), de Michael Winterbottom. Et au cinéma (et pas n’importe quel cinéma : le Barbican, grand centre culturel londonien qui comprend entre autres cinéma et scène de théâtre, et dont j’entends parler depuis longtemps…), The Hurt Locker (2008), de Kathryn Bigelow (un film de guerre réalisé par une femme, celle de K-19, Piège des profondeurs, vous savez, l’histoire de sous-marin nucléaire russe avec Harrison Ford…), sortie prévue en France le 23 septembre 2009. Les deux films traitent de guerres urbaines, de conflits dont nous avons tous entendu parler, de conflits somme toute proches de nous. Et j’ai trouvé vraiment enrichissant de les voir à quelques jours d’intervalles.

Welcome to Sarajevo prend place pendant le siège de la capitale bosniaque par les forces serbes, de 1992 à 1995. Stephen Dillane (un des meilleurs acteurs de sa génération, malheureusement mal connu… un talent fou, et pas seulement dans Firelight avec Sophie Marceau. Je vous recommande notamment Storm, présenté à la dernière Berlinale, sur les procès du TPIY). Stephen Dillane, donc, y joue Michael Henderson, un reporter anglais envoyé à Sarajevo pour couvrir le début du siège. Avec son équipe, il découvre un orphelinat pilonné par les bombardements, se prend d’affection pour une petite fille, Emira, qu’il finit par ramener en Angleterre illégalement afin de la sauver. La narration est entrecoupée de documentaires d’époque, et le réalisateur nous donne à voir les conséquences terribles de ce siège sur les habitants de Sarajevo – membres arrachés, cadavres sur le bitume, corps déchiquetés… tout y est. Le film nous donne très intelligemment le point de vue d’un étranger, du reporter anglais, ce qui permet au spectateur d’être encore plus pris par les images – en s’identifiant à Michael, il expérimente les mêmes sensations, les mêmes hauts le cœur, le même sentiment de révolte mêlé d’impuissance que lui.

Au passage, la BO de ce film vaut vraiment le détour (du pop rock des années 1990 à l’adagio d’Albinoni), et certain(e)s reconnaîtront le beau docteur Luka Kovacs dans le rôle du chauffeur / interprète de Michael.

The Hurt Locker est encore plus proche de nous, à échelle temporelle : au coeur d’un Bagdad dévasté par les combats, une compagnie de démineurs de l’armée américaine défient la mort the-hurt_lockerdès que l’on découvre une bombe ou une mine cachée dans un sac de sable, le coffre d’une voiture, sous la veste d’un homme… Un nouveau sergent, James, prend la place d’un soldat mort lors d’un déminage raté, et la compagnie découvre vite que cette nouvelle recrue est une tête brûlée, un fou furieux amoureux du danger qui n’hésite pas à mettre en danger le reste des hommes pour avoir sa dose d’adrénaline. Le film est ici vu du point de vue des militaires, et non des civils – la tension de chaque opération s’ajoute à celle qui s’accumule entre les hommes, jusqu’à ce que le film devienne lui-même une bombe prête à exploser à tout moment, laissant le spectateur pantois dans son fauteuil à la fin de la séance, incrédule d’avoir pu en réchapper. Pas d’images de documentaire cette fois-ci, mais des scènes violentes de réalisme – on s’y croirait. Parce que dans le genre film d’action, c’est le haut du panier, comme dirait ma grand-mère.

Un film qui parfois, du bout du doigt, touche à l’absurde, comme cette scène, superbe, où le sergent James, en permission aux États-Unis, se retrouve confronté à un rayon de supermarché rempli de paquets de céréales, que sa femme l’a chargé de choisir pour leur fils. Étouffé par le choix, le sergent reste les bras ballants, lui qui sait qu’il faut sectionner le fil jaune alors que la bombe est sur le point de lui péter entre les mains. Et l’absurdité de la société de consommation le regarde droit dans les yeux, sans qu’il puisse répondre à cette question : comment ses compatriotes, dont la plus grande préoccupation est de choisir une marque de céréales, arriveront-ils un jour à comprendre ce que lui a vécu dans l’enfer de Bagdad ?

Ces films ne sont pas de ceux que l’on revoit. Parce qu’ils sont éprouvants à voir, éprouvants à accepter, aussi bien visuellement que psychologiquement. Voir un corps d’enfant charcuté pour y placer une bombe ne s’oublie pas si facilement (bon, j’avoue, je me suis planquée derrière mon manteau pendant cette scène de The Hurt Locker). La scène d’ouverture de Welcome to Sarajevo, ou un sniper canarde un cortège de mariage, vous pousse à vous demander si vous ne feriez pas mieux d’appuyer sur pause et de regarder Love Actually, plutôt. Sauf qu’il serait sacrilège de céder à cette impulsion. Car ces films valent le coup d’être vus au moins une fois, même si ce n’est qu’une fois : ils sont là pour donner chair aux articles du Monde et au JT, et de nous faire prendre conscience que la guerre de Bosnie ou celle d’Irak ne sont pas seulement des sujets d’actualité, mais bien des réalités que désincarnent les médias avec leurs enjeux politiques et géopolitiques. Car oui, il est crucial de comprendre (ou même d’essayer de comprendre) ce qui se passe dans les hautes sphères de ces conflits. Mais voir la réalité des populations est aussi important. Et c’est la plus grande qualité que je trouve à ces deux films : jamais il n’est question des grands pontes qui remuent des pions dans leurs bureaux. Si Welcome to Sarajevo nous montre des images d’archives des dirigeants de l’époque, c’est pour illustrer le décalage qui existe entre eux et les victimes des bombardements. Ces deux films sont avant tout des histoires d’êtres humains, avant d’être celles de conflits.

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