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Les Chemins du Rêve

10 septembre 2009
Snakes at Waterhole Dreaming, Karen Taylor, 2007

Snakes at Waterhole Dreaming, Karen Taylor, 2007

Un petit billet pour vous raconter ma vie, vu que sinon il ne se passe plus grand chose, par ici… Hier, en sortant de la Mazarine, je suis passée dans une des galeries d’art de la rue de Seine, où  a lieu en ce moment le Parcours des mondes, le salon international des Arts Premiers. La galerie Seine 51 a choisi d’exposer des peintures aborigènes, et moi qui met si rarement les pieds dans une galerie d’art, je suis allée voir.

Je n’y connais pas grand-chose, mais quand j’étais au collège, toute la famille lisait les romans d’Arthur Upfield, un auteur techniquement anglais, mais qui a passé la plus grande partie de sa vie en Australie : sa série la plus connue est celle des enquêtes de l’inspecteur Napoléon Bonaparte, dit Bony, un métis qui allie la patience des aborigènes et la logique et la culture des blancs pour résoudre des crimes dans toute l’Australie. Les enquêtes se déroulent au rythme du bush et nous font découvrir ses paysages et ses habitants (dans les années 1930 à 1960). De fait, Upfield est l’inventeur du polar ethnologique, mais c’est surtout la façon dont il décrit l’état-continent qui fait la qualité toute particulière de ses livres. Il est toujours bon de sortir un peu de notre perspective si Euro-centrée pour s’initier aux autres cultures du monde : à mon grand regret, je ne me souviens pas de tout ce que j’avais pu glâner de la culture aborigène, si ce n’est vaguement du concept du Temps du Rêve (j’ai peur de dire des bêtises, je vous laisse aller voir) et des illustrations que les éditions 10/18 avaient choisies pour les couvertures. J’avais pu voir quelques peintures originales au Pitt Rivers Museum, à Oxford, il y a des années… J’avoue que je n’avais pas particulièrement fait l’effort d’en voir d’autres, je n’ai même pas mis les pieds au Musée du Quai Branly.

Mais c’est avec plaisir que je suis allée faire un tour dans cette galerie. L’exposition s’appelle « Art aborigène, les chemins du rêve II » : il y avait vraiment de très belles choses, des peintures traditionnelles sur écorce ou des compositions plus modernes, sur toile, avec des pigments naturels dont la richesse évoque les couleurs ocre, rouge, noire de la terre australienne, ou des pigments synthétiques aux couleurs plus vives, souvent liés à des compositions plus libres. Il y avait aussi un bouclier de bois qui datait du début du XXe siècle. Le reste était surtout composé d’œuvres contemporaines. Les cartels sont un peu courts, mais donnent quand même quelques explications : en effet la peinture aborigène repose sur des codes de représentation sans lesquels la toile reste totalement abstraite, alors qu’elle raconte souvent une histoire. Parfois, il s’agit en fait d’une carte. D’ailleurs, ce sont souvent les deux à la fois : les aborigènes représentent le monde dans lequel ils évoluent par les légendes qu’ils associent à la formation du paysage, si j’ai bien compris. Par exemple, tel relief est le cadavre de deux amants changés en varans, et voici le chemin pour y aller et l’emplacement des points d’eau. On reconnaît souvent la peinture aborigène à la technique pointilliste ou dot painting, qui à l’origine servait surtout à remplir les blancs entre les éléments informatifs mais qui fait désormais complètement partie de la composition. Le mérite de cette exposition est de présenter d’autre type de peinture, à la fois traditionnelle et contemporaine, composée de hachures rituelles, qui par leur couleur, leur inclination, leurs entrecroisements servent également à représenter le monde. Quelques informations supplémentaires sur la page de l’organisateur de l’exposition.

Malheureusement, l’expo ne dure que jusqu’au dimanche 13 septembre, mais si vous passez par Odéon, faites le détour, ça ne vous prendra même pas une heure, et c’est une occasion de découvrir ce mode d’expression artistique qui allie brillamment tradition et modernité. En plus, c’est beau. Sinon, il y a peut-être des choses à voir au Musée du Quai Branly : quelqu’un pour y aller avec moi ?

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4 commentaires leave one →
  1. Lib permalink
    10 septembre 2009 20:09

    Merci pour ce billet, Syracuse Cat – en plein dans notre ligne éditoriale, en plus !! (même si, je l’avoue, elle reste très chaotique, mais c’est pour ça qu’on l’aime).
    Je veux bien t’accompagner au Quai Branly à l’occasion – mais c’est bien parce que c’est toi, parce que oui, je fais mon coming out, je l’avoue, je le clame sur la toile : les musées, j’aime pas des masses, en fait…
    Mais si c’est avec toi, perchè no ?

  2. 27 septembre 2009 12:15

    J’ai vu la meme expo et j’ai été un peu moins enthousiaste que toi. Il faut dire que j’étais passé dans la rue par hasard en sortant de la bibliothèque Mazarine (les lecteurs de ce blog vont se dire que la Mazarine est the endroit où le tout Paris est en ce moment) et j’étais tout content de voir qu’il y avait des arts africains un peu partout dans le quartier (dans une centaine de galeries en fait). Et en entrant dans celle-ci, j’ai trouvé que cela n’avait décidément pas grand chose à voir, que ranger ces oeuvres dans la meme catégorie était une erreur et que décidément avoir échangé « arts primitifs » pour « arts africains et océaniens » puis pour « arts premiers » n’avait jamais résolu ces difficiles questions.
    Tout ca pour dire que j’ai bien aimé, mais moins passionnément que les merveilles qu’il y avait dans d’autres galeries. Quant au musée du Quai Branly, il est hors de question que je remette les pieds (meme avec vous, cher chat sicilien) dans cette institution pillarde, mal foutue et hors de prix. Il parait d’ailleurs que l’exposition Tarzan était lamentable et n’honorait pas le moins du monde les promesses de son sous-titre.

  3. 16 juillet 2010 05:34

    Merci pour cet excellent article que j’ai lu avec beacoup d’interet…
    je vous mets dans mes favoris donc a tres bientot.
    Cordialement
    Gilles

  4. 7 août 2010 21:53

    Toyboy et moi étions au musée du Quai Branly et sans cette expo, nous n’aurions tout simplement rien compris à l’art aborigène… D’ailleurs nous n’avons pas compris grand-chose au reste : pédagogiquement, le musée des Arts premiers n’assure pas.

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