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Ces BDs qui nous aident à comprendre (1) – Marjane Satrapi

9 septembre 2009

persepolisNous savons tous que la bande dessinée est un média communiste destiné à pervertir la jeunesse. Pourtant, il en existe quelques-unes qui ont de réelles qualités et que nous ne brulerons pas lorsque notre nouvel ordre mondial arrivera au pouvoir. Ces BDs dont je vais parler ont toutes en commun qu’elles racontent les aventures -réelles- de l’auteur dans un pays étranger, et en profitent pour expliquer le contexte géopolitique du pays, afin que nous, petits européens ingénus, nous puissions enfin mieux comprendre ce qui s’y passe.

Pour commencer, la BD autobiographique qui a le plus marqué les années 2000, Persepolis, de مرجان ساتراپی (quoi, vous ne savez pas lire le persan ?)

Déjà, un point important. S’il y a eu des BDs dans ce style autobio/historique avant – Maus par exemple – c’était un genre assez peu représenté. L’innovation qui a créé la mode actuelle de la BD autobiographique ne vient pas de Marjane Satrapi. L’innovation vient de l’Association (dont elle faisait partie), qui a tellement révolutionné la BD que je devrais leur faire un article. Dans les années ’90, ils ont dominé la production alternative, ont ainsi relancé le noir et blanc et ont tué la ligne claire franco-belge, et finalement ce sont eux les maîtres de la BD des années 2000, chez Dargaud ou Delcourt : Trondheim, Sfar, par exemple ou Larcenet, Riad Satouf  également qui leur doivent beaucoup. A cette époque, beaucoup d’auteurs de l’Association dessinaient -entre autres- des récits de voyages. Mais Satrapi, de même que Delisle au même moment, ont raconté des histoires avec une portée autrement plus grande que le simple « je suis allé à la réunion avec ma femme Brigitte ».

Persepolis, donc, paru de 2000 à 2003, raconte l’enfance et la jeunesse de Marjane Satrapi dans le contexte de la « révolution culturelle » iranienne, c’est à dire le renversement du Shah (1979) puis la prise de pouvoir des intégristes musulmans, et la mise en place de la république islamique. Le recueil aujourd’hui vendu rassemble les quatre livres originaux qui traitent :

  1. La révolution, pourquoi le Shah a été renversé, comment les islamistes ont ensuite éliminé leurs opposants, et enfin, tous ces évènements et leurs conséquences (voile…)
    Click, click !

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    vue par les yeux de petite fille de Marjane.

  2. La guerre Iran-Irak, les conséquences sur la vie en Iran, en plus du poids du régime.
  3. Marjane s’exile en Autriche ; sa vie en tant qu’exilée, son adolescence en tant qu’expatriée, dans un pays qui ne la comprend pas.
  4. Retour au pays : le choc du retour, puis la vie là-bas en tant qu’étudiante et jeune adulte.

Le livre se termine sur l’exil définitif de Marjane en France, en 1994. (Au fait, ne lisez pas la phrase précédente si vous ne voulez pas connaître la fin.)
Si le livre raconte la vie et la jeunesse de Marjane (surtout le tome 3, très personnel), il nous permet de vivre à travers ses yeux les évènements de la révolution culturelle, et ainsi de la comprendre. Marjane Satrapi insiste sur le fait qu’elle ne délivre là que _sa_ vision, mais c’est justement ce qu’il nous fallait, un ouvrage simple avec le ton juste. Finallement, ce n’est pas l’histoire de Marjane qui est racontée, mais celle de n’importe quelle fille/adolescente/jeune adulte iranienne.

persepolisPersepolis
Marjane Satrapi
L’association / Ciboulette
ISBN 2844142400
30 €
FnacAmazon

11152Puis en 2007 sort le film d’animation. Il est extrêmement fidèle et n’apporte rien de plus que le livre au niveau de l’histoire. Le dessin en ressort grandi par de nombreux dégradés boudés par Marjane Satrapi dans son livre 🙂 , et puis il y a surtout Eye of the Tiger chanté par Chiara Mastroianni (version complète). Très agrébale à regarder, je regrette juste qu’il passe un peu vite voire oublie certains points du livre, mais on ne va pas refaire le débat du Seigneur des Anneaux, et de la différence entre un film et un livre…

persepolis_dvdPersepolis
Marjane Satrapi, Vincent Paronnaud
ASIN B000X5FSPE
20 €
FnacAmazon

En lisant le livre et l’histoire de la révolution culturelle – ou dans une moindre mesure en regardant le film -, on ne peut ressentir qu’un immense gâchi sur tout le potentiel perdu de cet état. On a le même sentiment en lisant l’histoire du Liban, de la Palestine, ou de l’Afghanistan. …et de toutes les révolutions communistes du monde d’ailleurs, en particulier la partie où, la victoire arrachée, le révolutionnaire majoritaire massacre son allié…
Mais ce gâchi a une résonance toute particulière lorsque l’Iran tousse et essaie de recracher l’infection… En 1999 lors du massacre des étudiants, et évidemment cette année. D’autant plus lorsqu’on se tient au courant des évènements là-bas, et que les jeunes Iraniens eux-mêmes étaient persuadés d’être dans une république, certes islamique, mais une vrai république avec de vrais élections…
persepolis2.0Et concernant les évènements récents, Marjane Satrapi a justement autorisé des étudiants iraniens à publier Persepolis 2.0, avec les images de l’original, mais des textes changés pour parler de l’élection volée. Une belle initiative qui souligne que les intégristes n’ont pas tué le besoin de liberté qui court depuis 30 ans, mais qui ne les empêche pas d’avoir le pouvoir…

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3 commentaires leave one →
  1. Syracuse Cat permalink
    10 septembre 2009 11:53

    J’étais sûre d’avoir laissé un commentaire ici hier, j’ai dû oublier de le confimer… Silly me!
    J’adore Persepolis, autant la BD que le film, dont je trouve l’animation très réussie. Ton article est très bien fait, j’aime surtout la façon dont tu replaces l’œuvre dans le contexte du monde de la BD francophone, je suis toujours ravie d’apprendre quelque chose que je ne sais pas.

  2. Lib permalink
    10 septembre 2009 20:11

    Je plussoie. Cette BD, ce dessin animé sont bouleversants, drôles et émouvants, et j’ai adoré autant l’un que l’autre. J’y ai beaucoup repensé à la lumière des récents événements, et je me dis qu’il y a tant, tant de pays dont la tragédie nationale est mise sur le devant de la scène au détriment de leur culture, de leurs individus, de leurs identités…

  3. Lien Rag permalink*
    18 septembre 2009 18:11

    Tiens, je viens de lire Broderies de Satrapi ; en gros ça raconte les conversations « langue de pute » que Marjane jeune adulte avait avec les femmes de sa famille et entourage, après les réceptions, quand les hommes allaient faire la sieste. C’est très drôle et on retrouve bien l’ambiance que la grand-mère de Marjane apportait à Persepolis. Publié à… L’association ^^

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