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Des joies de vivre dans un château ambulant…

3 septembre 2009

howls-moving-castleChose promise, chose due : aujourd’hui je vais vous parler du Château ambulant, qui est à la fois l’un de mes livres et de mes films préférés. Le film de Miyazaki est un brillant mélange de fidélité et d’infidélité au livre de Diana Wynne Jones, Howl’s Moving Castle (Le Château de Hurle, en français), mais c’est précisément ce qui fait le charme des deux œuvres, comment à partir de la même histoire on peut construire deux œuvres si différentes, parce que très personnelles.

J’ai vu le film avant d’avoir lu le livre, et en étant déjà fan à la fois de l’écrivain et du réalisateur, c’est peut-être la raison pour laquelle j’aime autant les deux œuvres…

Avant toute chose, je précise que je n’ai lu le livre qu’en anglais : je vais donc utiliser les noms propres anglais, et japonais quand ils sont différents, en m’excusant auprès des lecteurs francophones, s’il y en a qui viennent faire un tour ici (dit-elle en croisant les doigts).

Le château ambulant du film...

Le château ambulant du film...

Je vous résume l’histoire, telle qu’elle commence à la fois dans le livre et le film : Sophie Hatter travaille dans la chapellerie de son père, décédé. Elle s’y ennuie un peu, mais bon, elle est l’aînée, elle considère qu’elle n’a pas le choix. Dans la ville, on murmure qu’un magicien nommé Howl arracherait le cœur des jeunes filles… Un soir, après avoir rendu visite à sa petite sœur (et s’être fait gentiment remonter les bretelles), Sophie rencontre la Sorcière des Landes dans son magasin et celle-ci lui jette un sort : Sophie est maintenant une vieille femme de 90 ans. Loin de se laisser abattre, elle décide de prendre les choses en main et de partir à l’aventure : sur la lande, elle croise le chemin d’un drôle de château. Elle fait un pacte avec Calcifer, le démon du feu qui vit dans la cheminée : il la libérera de son mauvais sort si elle trouve le moyen de rompre le pacte qui le lie à Howl. Elle se fait donc engager comme femme de ménage, et ainsi commence la vie dans le château ambulant avec le démon, le magicien et son apprenti, Michael.

Bon, je ne vais pas vous faire la liste de toutes les différences entre les deux œuvres, mais plutôt essayer de vous expliquer ce qui me plaît dans chacune : d’abord, j’adore les histoires de magie, et là, on est servi. En plus les personnages sont très attachants. Je m’identifie beaucoup à Sophie, l’aînée raisonnable et résignée, un peu têtue, convaincue de n’être ni belle, ni spéciale en aucune façon. Howl est un charmeur égoïste, insouciant, lâche, mais fondamentalement bon. De toute façon, quand il en fait trop, Calcifer le remet à sa place. J’adore Calcifer. Le monde décrit par Diana Wynne Jones est rapidement esquissé, mais on se le représente facilement ; les détails ajoutés par Miyazaki apportent vraiment quelque chose. Et puis tout ça est très drôle, tout en étant intelligent et cultivé.

ATTENTION SPOILERS – SPOILER ALERT – ATTENTION SPOILERS – SPOILER ALERT !

La couverture de l'édition anglaise.

La couverture de l'édition anglaise.

Ce que j’adore dans le livre, c’est la façon dans l’histoire est en fait liée à notre propre monde : Howl est gallois, il joue au rugby et se bourre la gueule avec ses potes, mais il ne connaît rien à la musique (« I was born an unmusical Welshman », c’est le drame de sa vie)… La malédiction que lui a lancé la Sorcière des Landes prend la forme d’un poème de John Donne, dont les métaphores se réalisent de manière inattendue, souvent par la faute de Sophie. Par ailleurs, l’écrit permet de sentir plus proche des personnages, notamment de celui de Sophie. L’intrigue est plus complexe dans le livre, et foisonne de personnages hauts en couleur, avec des intrigues parallèles qui s’intriquent brillamment dans une scène finale d’une apparente confusion, mais finement menée : tout s’explique, alors qu’il y a encore des passages qui restent obscurs dans la version japonaise (à cause des sous-titres français ?).

Des personnages complexes, loin d’être des modèles d’héroïsme, un monde fantaisiste mais proche du notre, une petite pointe de culture anglaise saupoudrée d’affection pour le Pays de Galle, une bonne dose d’humour, le tout nappé de magie et de fantaisie, c’est la recette de Diana Wynne Jones dans ce qu’elle fait de meilleur, et c’est toujours un régal !

Je vous signale, tant que j’y suis, que le roman fait partie d’un cycle : Castle in the Air et House of Many Ways se passent dans le même monde, et c’est avec joie que l’on retrouve Howl, Sophie, Calcifer et leur château, même s’ils ne sont pas les personnages principaux de ces deux histoires.

L'affiche du film.

L'affiche du film.

L’histoire est un peu simplifiée dans le film, mais elle prend une tout autre profondeur quand Miyazaki l’utilise pour parler des thèmes qui lui sont chers : si la guerre reste assez lointaine dans le livre, elle se déploie dans toute son horreur chez Miyazaki, et donne aux personnages, notamment à Howl, une gravité sous-jacente qui leur va plutôt bien (gravité renforcée dans la version anglaise, où Howl est doublé par Christian Bale, dont la voix est beaucoup plus virile que l’apparence du personnage : c’est… perturbant). Tous les enjeux se situent sur un plan supérieur à celui du roman, qui reste très centré sur les personnages. Aussi sympathiques soient-ils, un peu de réflexion ne fait de mal à personne, et cet apport du réalisateur est le bienvenu. J’aime aussi beaucoup la façon dont est traité le personnage de la Sorcière des Landes dans le film : le personnage de petite vieille indigne est plus complexe, nuancé, intéressant que celui du livre (si vous ne l’avez pas lu, je ne vous dirai pas ce qui lui arrive).

Par ailleurs, sur le plan de la réalisation, je trouve la représentation visuelle des états d’âme de Sophie très réussie. De manière générale, l’animation est magnifique, comme toujours, et la musique est très jolie (je ne suis pas galloise, je vis donc assez bien mon manque d’enthousiasme pour la musique instrumentale).

Pour conclure, je dirai que Miyazaki réussit l’exploit de réaliser un film à la fois grave et léger, un film très personnel, tout en respectant la fantaisie de l’univers crée par la romancière britannique : le film n’est peut-être pas une très bonne adaptation du livre, dans le sens où les inconditionnels du roman n’y retrouveront pas ce qui en fait le charme, mais c’est un film excellent à tout point de vue qui plaira, je l’espère, à tous les fans de Miyazaki, et leur donnera envie (peut-être) de découvrir les mondes merveilleux de Diana Wynne Jones.

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2 commentaires leave one →
  1. Lien Rag permalink*
    4 septembre 2009 17:22

    Sympathique critique : tu me donnes envie de découvrir les deux œuvres (alors que je ne suis ni un fan de manga ni de fantastico-magique). J’aime beaucoup la manière dont tu différencies les enjeux des deux versions, je pense que c’est ce recul qui donne envie d’aller les explorer ^^.

    Bon, dans un autre registre, je pense que Miyazaki mériterait une rétrospective de ses œuvres, ça lui rendrait hommage (et en plus j’aime bien les rétrospectives quand il s’agit de découvrir un artiste).

  2. Syracuse Cat permalink
    7 septembre 2009 10:22

    Merci, Lien Rag, je suis très flattée, et aussi très contente d’avoir convaincu quelqu’un ! J’espère que ça te plaira.

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