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Des pissenlits par la racine

17 août 2009

Je vous avais promis (enfin à certains d’entre vous) un article sur un grand nom du cinéma, un comparatif de tous ses films et caetera. Malheureusement, un travail d’une telle ampleur prend du temps. Revoir et essayer de comprendre une filmographie ne se fait pas en deux semaines. J’y travaille donc, et en attendant, pour vous faire patienter et être sûre que vous n’oubliez pas que j’existe, un petit billet sur une série adorable venue d’outre-Atlantique (comme beaucoup de séries adorables) : Pushing Daisies. Attention, quelques spoilers incoming, uniquement du pilote néanmoins.

    Ned et Chuck

    La famille Pushing Daisies au grand complet

      • Pushing Daisies, c’est d’abord Ned (Lee Pace).
      Ned the Piemaker

      Ned the Piemaker

      Ned est plutôt craquant. Il est grand, mince, un peu ahuri, moins naïf que persuadé de la bonté de ses congénères, bien qu’il côtoie le mal tous les jours. De fait, Ned a un don un peu spécial. Depuis l’enfance, il sait qu’il peut ramener les morts à la vie, simplement en les touchant. Tous les morts, que ce soient les fruits, ou les personnes humaines. Alors Ned a deux métiers. Il est pâtissier, et il fait dans son petit Pie Hole les meilleures tartes de la ville avec des fruits auxquels il redonne entièrement vie. Et puis, il est aussi assistant détective. Sous la supervision du très caustique Emerson Cod (Chi McBride), il ramène les victimes de crimes à la vie le temps de leur faire dire leurs secrets. Pourquoi guère plus longtemps ? Parce qu’à tout don, contre-don. Si Ned touche une seconde fois quelqu’un qu’il a ramené à la vie, la personne meurt. Pour de bon. Mais s’il ne le fait pas dans les 60 secondes, alors quelqu’un d’autre meurt à proximité. Une vie pour une vie, un fruit pour un fruit. Dur fardeau pour le jeune Ned, contraint à mille efforts pour rester incognito. D’autant que depuis toujours, son destin est inextricablement lié à celui de Chuck.

      ***

      • Car Pushing Daisies, c’est aussi Chuck (Anna Friel).
      Charlotte Chuck Charles

      Charlotte "Chuck" Charles

      Charlotte Charles est une petite fille sans histoires qui habite nextdoor to Ned. Ils ont dix ans tous les deux, et ne savent que peu de choses. Pour elle, qu’elle aime son papa, et qu’elle en pince pour son petit voisin. Pour lui, qu’il a ramené son chien mort à la vie, et qu’il en pince pour sa petite voisine. Mais voilà, un jour la mère de Ned meurt et Ned la ressuscite, mais inconscient des limites de ses pouvoirs, entraîne le père de Chuck dans l’au-delà. Sans parvenir à récupérer sa mère, qui meurt en lui embrassant le front. Les voilà tous les deux orphelins, et Ned tenaillé par une culpabilité terrible, qui l’empêche de regarder dans les yeux la jolie Chuck. Ils se perdent de vue.
      Mais des années plus tard, ils se retrouvent, dans des circonstances bien particulières : Ned le doigt levé au dessus du cercueil de sa bien aimée. De fait, Chuck a été assassinée durant une croisière, et pour la seconde fois, Ned contrevient à son principe. Il ressuscite Chuck, et la laisse en vie. Les dommages collatéraux de ce choix vous seront présentés par la série, mais il en est un manifeste : voilà Ned avec une pimpante bien-aimée en vie, bien décidée qui plus est à ne pas faire la morte et à tirer au clair les circonstances de son décès, et fort amoureuse de Ned. Sauf qu’il est une chose qu’elle sait : jamais au grand jamais ils ne peuvent se toucher encore, car alors elle mourrait pour de bon. Une chose elle doit : cacher à tous son retour sur Terre, sous peine de révéler le secret de Ned. Et une chose elle ignore : douce Chimène, celui qu’elle aime n’est autre que l’involontaire meurtrier de son père.

      ***

      Par ces deux personnages, vous avez devant vous l’ensemble de l’intrigue. Un amour impossible, de rocambolesques énigmes policières tirées au clair par les détectives, désormais au nombre de trois (au large corps défendant d’Emerson Cod), et en suspens l’insoutenable question, comment ces deux-là pourront-ils un jour être ensemble ?

      ***

      • Mais Pushing Daisies, c’est bien bien plus que cela. Pushing Daisies c’est surtout un univers tout à fait à part.
      Ned et Chuck, possible ou impossible ?

      Ned et Chuck, possible ou impossible ?

      C’est d’abord la photographie acidulée et léchée d’un conte de fées décalé, quelque part entre Tim Burton et Amélie Poulain. C’est ensuite la musique de James Dooley, vive, sarcastique, déjantée. C’est enfin un show inclassable dans les genres, que l’on qualifie outre-atlantique de « forensic fairy tale » ou « conte de salle d’autopsie ». Et c’est bien d’un conte bizarre qu’il s’agit, qui prend place dans le village de Couer of Couers, jeu de mots sur Cœur des Cœurs. Un village de Polly Pocket et de poupées, entraînés dans des aventures absolument incroyables et incroyablement imaginatives, comme si enfant, vous aviez eu le pouvoir de donner vie à vos jouets et de leur faire faire tout ce qui vous passe par le crâne. Alors même que les résolutions des intrigues policières sont dignes d’un Sherlock ou d’un CSI, tout ce qui les environne est extravagant, tout est exagéré, des personnages qui se mettent soudain à chanter pendant toute une scène, à la main articulée en plastique que Ned récupère pour caresser son chien (qu’il ne peut pas toucher, rappelons-le). L’humour est barré, cinglé, insolent, et l’on ne comprend pas bien comment il échappe au morbide. Toute la série semble avoir été tournée sous acide, c’est un tourbillon survitaminé de confiseries.

        Mais il y a un envers à ce décor. Si les costumes, le carton-pâte, les intrigues forment les parois d’une maison de poupée, à l’intérieur, se développent de vrais desseins humains. Toujours avec délicatesse, en se jouant des types qu’elle crée, la série effleure le problème de la solitude, du handicap, du deuil, et pose en filigrane la question des composantes de l’amour dans la société moderne. Autant qu’à ses teintes vives, son optimisme est dû à sa tendresse. La tendresse de Ned et Chuck, qui s’aiment sans se toucher, et se donnent leur premier baiser à travers un film en plastique. La tendresse d’Olive Snook, serveuse déjantée et éclopée qui chante son amour à quelqu’un dont elle n’est pas aimée, et ne trouve de réconfort qu’en cajolant le chien de Ned. La tendresse des deux tantes de Chuck, qui rêvent de leur carrière de petites sirènes évanouie tout en soupirant après leur chère disparue.
        C’est la clé de la réussite de cette série sans prétentions, sans grand dessein, et qui parvient à force d’humilité à ce tour de magie, de créer dans un audiovisuel où tout ou presque a été dit, un conte radicalement nouveau, captivant, entraînant et drôle, qui retient tous les publics durant plusieurs heures et leur donne, une fois l’écran éteint, une inexplicable joie de vivre.

        In the little city of Couer of Couers, the facts were these…

        Let the magic begin!

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        4 commentaires leave one →
        1. Lib permalink
          17 août 2009 07:52

          Je n’ai pas encore eu le temps de la finir, mais j’aime beaucoup cette petite série.
          Et je craque grave sur Ned 😉

        2. Syracuse Cat permalink
          17 août 2009 12:39

          Il serait sans doute temps que je m’y mette… Depuis le temps que j’en entends parler !

        3. Talulah permalink
          3 octobre 2009 13:30

          Excellente petite synthèse! J’adore également cette série.

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