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Show me slowly what I only know the limits of, dance me to the end of love…

16 août 2009

Bon, il paraît qu’on est là pour parler de culture et de nos passions, et j’ai déjà bien commencé à vous raconter ma vie ; j’en ai encore pas mal sous le coude, alors accrochez vos ceintures, les enfants… Non, non, ne partez pas, je suis gentille, et puis même si ce que je raconte ne vous intéresse pas, il y a plein d’autres choses très très bien à voir sur ce blog.

Toujours là ? J’apprécie, vraiment.

Leonard Cohen, dans sa jeunesse.

Leonard Cohen, dans sa jeunesse. Yummy.

Alors, aujourd’hui, j’ai choisi de vous faire une présentation subjective de la discographie de Leonard Cohen. Je pourrai vous décrire en long, en large et en travers comment son œuvre poétique et musicale a fait de moi la jeune femme que je suis aujourd’hui, mais je pense que le mieux c’est de vous laisser apprécier quelques-unes de mes chansons préférées : j’ai choisi un morceau par album, et croyez-moi, ça n’a pas été facile – la discographie n’est pas tout à fait complète, j’ai exclu les enregistrements de concerts et les best of. Je vais être honnête avec vous : je ne connais pas (encore) toutes les chansons de Leonard Cohen ; j’y travaille. Je n’apprécie pas toutes celles que je connais, non plus… Mais l’œuvre de Cohen a ceci de magique qu’on ne s’en lasse jamais : on peut avoir écouté une chanson une fois de trop, mais une autre, ignorée ou incomprise, deviendra la nouvelle favorite. C’est un cycle immuable, les fans de la première (ou deuxième) heure sont là pour en témoigner. C’est une œuvre riche, complexe, qui pousse à la réflexion et qui laisse l’auditeur/lecteur délicieusement perplexe, donc fondamentalement libre d’interpréter à sa guise chaque texte minutieusement ciselé, selon son âge, son humeur, son expérience.

Leonard Cohen est selon moi un immense poète, mais je reconnais que les meilleures versions de certaines chansons ne sont pas forcément les siennes : je vous mets donc quelques variantes qui me plaisent tout particulièrement. Et non, vous n’aurez pas l’« Hallelujah » de Jeff Buckley. Parce que.

Songs of Leonard Cohen, 1967, « The Stranger Song » [Ne faites pas attention aux images^^]

SongsCohenLe premier album de Leonard Cohen, sans doute un de ceux que j’apprécie le plus, que je connais le mieux, aussi. La sélection a été particulièrement difficile : le chanteur a trente ans (33 précisément), une voix de velours et les mélodies tombent en pluie délicate des cordes de sa guitare. C’était il y a plus de 40 ans, mais je suis amoureuse. Ce fut terrible, cornélien, déchirant, mais j’ai finalement choisi « The Stranger Song ». Bien sûr c’est impossible à décrire, impossible à résumer. À vous de voir ce que vous voulez comprendre.

« It’s hard to hold the hand of anyone 
who is reaching for the sky just to surrender. »

Songs from a Room, 1969, « The Partisan »

SongsRoomJ’ai choisi d’illustrer cette chanson par la version que Cohen a chanté à l’Olympia en novembre dernier (2008) : j’en ai eu les larmes aux yeux, et ça ne m’arrive pas souvent. Bien sûr, il fallait y être et la vidéo n’est que le reflet très pâle de cette émotion. Je précise que la chanson n’est pas de lui, mais d’Anna Marly : il s’agit de la traduction anglaise de « La complainte du partisan », à ne pas confondre avec le « Chant des partisans », sur lequel elle a également travaillé.

Songs of Love and Hate, 1971, « Famous Blue Raincoat »

songsL&HLà encore, choix difficile : « Avalanche » m’inspire beaucoup, également, mais « Famous Blue Raincoat » est tellement merveilleuse, elle ne pouvait pas ne pas figurer ici. Rédigée sous forme de lettre adressée à un ami, la chanson est à l’image du titre de l’album, faite de haine et d’amour, et d’une mélancolie lancinante, hypnotique : la voix de Cohen y est une caresse envoûtante et amère à laquelle on ne peut que s’abandonner.

« And what can I tell you my brother, my killer? What can I possiby say? I guess that I miss you, I guess I forgive you.
 I’m glad you stood in my way.
 If you ever come by here, for Jane or for me,
 well, your enemy is sleeping and his woman is free. »

New Skin for the Old Ceremony, 1974, « Chelsea Hotel # 2 »
NewSkinUne chanson écrite pour Janis Joplin, en souvenir de l’époque où ils vivaient au Chelsea Hotel. « A very ungallant song », selon Cohen lui-même, une chanson nimbée d’une amertume en demi-teinte, aussi. Chantée à l’Olympia par un homme maintenant âgé de près de 75 ans, elle prend une teinte plus légère, plus douce : le recul lui va bien.

« I don’t mean to suggest that I loved you the best,
 I can’t keep track of each fallen robin.
 I remember you well in the Chelsea Hotel,
 that’s all, I don’t even think of you that often. »

* Et en prime l’excellente version de Rufus Wainwright, « [who] does a wonderful job of it » :

Death of a Ladies’ Man, 1977, « Fingerprints »

LadiesManProbablement un des albums que j’aime le moins, apparemment Cohen aurait eu quelques différends avec son producteur, et ce dernier l’aurait emporté à plusieurs reprises. J’aime bien celle-ci, par exemple, mais vraiment pas autant que toutes les autres chansons mentionnées ici. Cela dit, il s’en dégage une certaine gaieté, non ?

« Yes I called my fingerprints all night, but they don’t seem to care: the last time that I saw them, they were leafing through your hair. »

Recent Songs, 1979, « The Gypsy’s Wife »

RecentUn coup de cœur plus récent : là encore, je ne suis pas très sûre de savoir de quoi il s’agit, mais j’imagine des silhouettes entraperçues dans un bar enfumé, tandis que les chants entremêlés du violon et de la mandoline esquissent la sensualité mélancolique des passions humaines que cette atmosphère de fin du monde ne parvient pas à noyer dans les vapeurs grises de l’alcool.

« Ah, the silver knives are flashing in the tired old café.
 A ghost climbs on the table in a bridal negligee, she says: « My body is the light, my body is the way. »
 I raise my arm against it all and I catch the bride’s bouquet. »

Various Position, 1985, « Dance me to the end of love » [le clip date un peu, mais je l’aime bien]

VariousDans cet album, j’aurais pu choisir « Hallelujah », qu’on a pas mal entendu ces derniers temps, qui s’est trouvé propulsé en tête des ventes dans la version chantée par Jeff Buckley, et pas trop mal classée dans la version de Cohen himself. J’aurai pu vous vanter les mérites des versions de John Cale (dans Shrek), de Rufus Wainwright (dans le CD de la bande-originale du même film – hein ? quoi ? Oui, oui, le CD ne contient pas la version du film. Pourquoi ? Je vous en pose, moi, des questions ?) et de Keren Ann. Mais vous ne saturez pas un peu, vous ? En tout cas, j’ai choisi « Dance me to the end of love », qu’on a aussi pas mal entendu, il y a quelques années, reprise par Madeleine Peyroux. Cette chanson a longtemps été ma préférée, et puis à force de l’écouter en boucle, je m’en suis un peu lassée, c’est vrai. Mais quelle splendeur, quand même !

« Dance me to your beauty with a burning violin, dance me through the panic ’til I’m gathered safely in.
 Lift me like an olive branch and be my homeward dove, dance me to the end of love. »

I’m your Man, 1988, « Everybody Knows »

YourManLà, on s’énerve un peu plus : le monde part complètement en cacahuète, les politiciens sont des pourris, c’est la crise, et en plus les femmes sont infidèles. Tout le monde le sait. Bref, on est foutu, tout le monde le sait. Heureusement, il reste la musique.

« Everybody knows that the dice are loaded.
 Everybody rolls with their fingers crossed.
 Everybody knows that the war is over,
 everybody knows the good guys lost.
 Everybody knows the fight was fixed: the poor stay poor, the rich get rich. 
That’s how it goes, everybody knows. »

* Voyez aussi la reprise de Rufus Wainwright, un vrai bonheur :

The Future, 1992, « The Future ».

FutureBon, ben là, c’est encore pire, et vu ce que l’avenir nous réserve, il y a de quoi s’énerver. Et parfois, vous savez quoi ? ça fait du bien ! La colère est ici salutaire, purificatrice, dynamique. Constructive. Franchement, quand je suis au fond du trou, c’est la chanson qui me donne le courage de sortir de chez moi et d’avancer la tête haute. C’est le chant de la lucidité, donc de la liberté. Repent, repent… laissez-nous rire !

« You don’t know me from the wind
, you never will, you never did:
 I’m the little Jew
 who wrote the Bible. 
I’ve seen the nations rise and fall,
 I’ve heard their stories, heard them all, 
but love’s the only engine of survival. »

Et dans la version de Teddy Thompson, c’est encore meilleur. Et toujours d’actualité, à tous points de vue :

Ten New Songs, 2001, « By the Rivers Dark »

10newAprès des années de silence, Cohen sort de sa retraite au monastère zen de Mt Baldy. Cet album est beaucoup plus serein, mais toujours aussi lucide et engagé. Musicalement, c’est une autre époque, aussi. J’ai choisi cette chanson parce qu’elle m’intrigue, qu’elle m’inspire ; parce qu’elle parle de Babylone. Là encore, le choix n’a pas été facile, et plusieurs autres chansons de l’album auraient eu leur place ici. Mais celle-ci est probablement une de celles qui a eu le plus d’influence sur moi. Il y est question de mystère, de magie, d’amour. De la nécessité de savoir se rendre quand ces forces vous entraînent.

« I did not know, and I could not see 
who was waiting there, 
who was hunting me. By the rivers dark, 
I panicked on.
 I belonged at last
 to Babylon. »

Dear Heather, 2004, « The Letters »

HeatherDernier album en date. Autant vous prévenir tout de suite, il s’agit surtout de poèmes mis en musique. Par miracle, Leonard Cohen semble avoir retrouvé sa voix pour la tournée mondiale, mais pour tout vous dire, sur cette album, il a la voix de son âge (70 ans). Heureusement Sharon Robinson est là pour donner de la musicalité et du velours aux paroles du poète.

« Your story was so long,
 the plot was so intense: it took you years to cross
 the lines of self-defense. »

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Si vous voulez en savoir plus sur Leonard Cohen, allez voir sur Wikipédia ; il y a un site très complet (mais très vilain) ici. Si vous avez l’occasion, essayer de voir Leonard Cohen : I’m your man, un documentaire et concert filmé de Lian Lunson (2006), dont sont tirées les vidéos précédées d’une *.

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5 commentaires leave one →
  1. Vuuv permalink
    16 août 2009 13:54

    Et quitte à parler de I’m Your Man, qui est effectivement un excellent documentaire, je voudrais rajouter un lien vers une chanson que je n’ai pas tant aimée que cela interprétée par Cohen, mais qui est devenue une partie de mon top 10 musical all times dans la version d’un autre très très grand. Dans une version rock, smokey, dark and berlin underground.

    I’m Your Man, by Nick Cave, just for your own personal pleasure Ladies and Gentlemen!

    Désolée pour les sous-titres en latin du sud, c’est la seule version complète trouvable sur Youtube 🙂

  2. Lib permalink
    17 août 2009 10:36

    Je sais que c’est pas très original, mais Suzanne me serre la gorge à chaque écoute.

    Ce qui m’impressionne le plus chez Cohen (outre ses textes), c’est la façon dont sa voix a changé entre le premier album et maintenant – elle a pris en force, en maturité… et elle habite de plus en plus ses textes, in my humble opinion.

  3. Syracuse Cat permalink
    17 août 2009 12:26

    Your opinion is highly valued, Lib. Surtout quand tu dis si bien les choses.

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