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Confessions d’un(e) shopaholic

3 août 2009

Ou 5 bonnes raisons de devenir accro au shopping.

Je l’avoue aisément, le sujet du shopping n’est peut-être pas en soi, le plus culturel qui existe. C’est un de ces plaisirs coupables que l’on s’accorde presque en douce, et duquel on ne sent justifié qu’à condition d’en faire une activité tribale, rituelle, le fameux « chéri-je-vais-faire-les-magasins-avec-les-copines », décliné en « ouais-euh-je-vais-faire-un-tour-avec-des-potes-m’attends-pas-pour-bouffer ». Pour autant, en cette période post soldes où les dernières promos finissent de vider la collection d’été pendant que la collection automne-hiver pointe le bout de son nez, j’ai voulu démontrer que le shopping peut à bien des égards s’avérer une activité culturelle. Si culturelle, que vous serez amenés à la pratiquer pour visiter les boutiques qu’on vous conseille ou acheter les CD dont on vous rebat les oreilles (quand la loi Hadopi aura acquis une forme suffisamment constitutionnelle pour être votée). Alors, autant commencer par déculpabiliser.

Isla Fischer

Isla Fisher, une shopaholic anonyme

1. Le shopping, c’est bon pour la santé.

Rappelez-vous ce postulat si connu des latinistes, animus sanus in corpore sane. Avant que de recueillir la culture, le corps doit se préparer aux jeux de l’esprit. Et à cet égard, le shopping est idéal.

  • Cas d’école 1. Une vitre. Une femme. La femme tergiverse, transpire un peu, finalement pousse la porte. A l’intérieur, des enfilades de cintres, des corps étêtés vêtus de robes, et au milieu, elle. Elle, c’est la robe de sa vie. Celle qui arborait un prix à trois chiffres il y a encore 1 mois, si bien qu’elle n’aurait pas même osé la regarder. Mais la shoppeuse sauvage est dans son élément naturel. Son regard acéré se pose sur l’étiquette. Deux chiffres, écrits en gras. Les battements de son cœur s’accélèrent. Soudain elle la voit du coin de l’œil. La, c’est la concurrente, celle qui veut la même robe, dans la même taille, au même prix. Las, notre shoppeuse n’est pas femme à se rendre sans combattre. Elle s’élance, les bruits de pas se font plus pressants, elle file, elle se jette dans les escaliers… et la voilà avec à la main le précieux trophée, la dernière taille 38 du magasin.
    Conclusion : Le shopping développe les réflexes, la vue au loin, la vue périphérique ainsi que la course de vitesse.
  • Lemme. Après s’être emparé de l’objet de ses désirs, encore faut-il l’essayer et payer le (désormais très dérisoire) prix. Cela signifie faire deux queues, la première pour accéder aux cabines, la seconde pour atteindre la caisse. Cela implique également l’exercice périlleux du déshabillage en espace réduit et du slalom entre les autres athlètes shoppeuses. Ainsi le shopping développe également la force musculaire, et constitue un entraînement au contorsionnisme et au ski alpin, souvent en conditions extrêmes.

2. Le shopping est propice à l’épanouissement psychologique.

  • Il n’y a pas de mal à se faire du bien, telle pourrait être la devise du shoppeur. Il est de notoriété publique que pouvoir admirer ses pectoraux musclés et velus, ou son fessier galbé moulés dans un vêtement tout neuf à la coupe flatteuse, est l’un des boosts de self-esteem les plus efficaces du moment. Mais le self-esteem vaut pour tous les domaines où l’on peut, passez-moi l’expression, shopper : un nouveau livre et c’est un horizon de connaissances qui s’ouvre à nous, un nouveau CD déniché au hasard d’une étagère et l’on a la fierté insigne de se découvrir l’un des happy few à avoir entendu parmi les premiers les créations d’Empire of the Sun ou de Pony Pony Run Run. Non, ici pas même besoin de détailler les éléments dans une argumentation spinozienne, le shopping, c’est bon pour le moral.
  • Lemme (quand même). Car tout fiers de nos nouvelles acquisitions, nous n’avons qu’une idée en tête, en parler autour de nous, les faire découvrir, les dévoiler aux amis ou au monde entier, dans un pub ou sur un blog. Ainsi, le shopping est un remède efficace contre l’l’isolement, l’associalité et la geekitude, et constitue un vecteur essentiel de la diffusion de produits culturels (nous y voilà). Et il conditionne par là une bonne partie du journalisme.

3. Le shopping augmente votre culture et votre QI.

L’on a longtemps pensé que le shopping était réservé aux cruches écervelées, or il est au contraire un gage d’esprit pour les deux sexes.

  • Cas d’école 2. Un homme. Un éclair. Une matière noire et lustrée. L’homme vient de faire l’une des rencontres les plus importantes de sa vie : il a regardé dans les yeux la veste en cuir dont il a rêvé durant toute sa jeunesse. Seulement voilà, elle n’est dans le magasin qu’en XL. Or il fait du L. Que faire ? Elle existe dans d’autres magasins, mais l’homme est un sédentaire. Il est déjà perdu quand le Franprix d’en bas ferme pour le week-end et il se nourrit de chips plutôt que d’aller en dénicher un autre. L’homme hésite, un pli soucieux se creuse entre ses sourcils. Il sent une légère sueur froide couler le long de sa colonne vertébrale. Faut-il ? Enfin, il se décide. Aujourd’hui, il prendra le métro, le bus, le taxi, il va se déplacer dans toute la ville pendant une après-midi entière, et verra pour la première fois de sa vie Notre-Dame, les quais de Seine, les Grands Boulevards et le forum des Halles. Et si le produit est vraiment rare, peut-être ira-t-il même jusqu’à Oxford Street…
    Conclusion : le shopping est le premier moteur de découverte de sa propre culture, et un puissant vecteur d’échanges culturels internationaux.
  • Lemme : Même si le shoppeur parvient à trouver le vêtement à sa taille, il est à parier qu’il y faille des retouches. Or, il est compliqué de trouver un retoucheur sur Oxford Street, qui ait en plus la décence de parler le Français. Notre homme va donc attendre d’être rentré chez lui, où il tendra d’un air suppliant la veste à sa tendre dulcinée. Or, il est bien connu qu’aux tests de QI, les résultats les plus faibles des femmes sont en géométrie de l’espace. Si bien que les ourlets, les doublures et autres épaulettes sont l’exercice rêvé pour développer cette partie de leur esprit. Ainsi le shopping développe le lobe gauche du cerveau féminin. Et les occupe, les empêchant par là de râler et nous emmenant à notre point suivant.

4. Le shopping est bon pour l’équilibre du couple.

couple

Il s’agit ici d’une dimension plus foncièrement sociale que culturelle du shopping, je l’évoquerai donc brièvement.

  • Faire une virée à deux… Dans un monde qui va à toute vitesse et où souvent le temps nous manque, il n’y a rien de tel qu’une après-midi de shopping pour ressouder un couple. Il y a plus dans cette aventure à deux, que de porter les sacs de l’autre ou de prétendre avoir oublié son portefeuille. De fait c’est en shoppant que l’on apprend à assumer ses différences, et à tolérer l’autre (« c’est trop laid les petits volants »/ »comment il peut préférer les caleçons aux boxers »). C’est aussi là que l’on s’entraîne à soutenir l’autre en situation de crise (« c’était la dernière robe à ma taille et elle est déchirée pile sur le téton ! ») et à rester stoïque face à ses sautes d’humeur. C’est enfin là que l’on lui montre combien il compte, en allant chercher dans son dos la petite veste, le petit jean trop chers pour elle ou lui et en lui tendant le sac à la sortie du magasin. Mesdames et messieurs, pensez-y, le shopping contribue à la paix des ménages.
  • Lemme : et si vraiment la journée a été trop éprouvante et que les protagonistes s’en vont comme chien et chat, il y a plusieurs sortes de shopping, allant de la fine dentelle à des sortes que je ne détaillerai pas par égard pour le jeune lectorat, qui contribuent à la réconciliation sur l’oreiller.

5. Le shopping est excellent pour l’économie.

Et nous savons, en cette situation de crise, à quel point l’argument pèse son poids.

  • Leçons d’économie. Comme vous ne l’ignorez certes pas, notre pays fonctionne sur un principe d’économie capitaliste (jeune lectorat, foin de sifflets, bientôt vous voterez à droite comme papa). Lorsqu’un système libéral entre en crise, l’un des moyens les plus simples d’en sortir est la relance de la consommation, qui permet au marché de retrouver une nouvelle dynamique et par un jeu de rouages trop compliqués pour être exposés ici (non en fait ça tombe sous le sens mais il se fait tard), entraîne tous les acteurs de la vie économique et financière vers le haut. Si bien que chaque robe que vous achetez, chaque DVD que vous emportez dans votre escarcelle, chaque boxer Célio représente en fait un geste citoyen.
    Conclusion : le shopping développe l’altruisme, le civisme et les connaissances en économie et mathématiques financières.
  • Lemme : il est bien beau de dépenser mais encore faut-il avoir de quoi. C’est alors qu’intervient l’être fabuleux sans qui nous ne serions rien, celui qui sauve nous journées – et pour certains remplit nos nuits de rêves plus ou moins avouables : notre banquier(e). Eh oui, pour acheter, vous empruntez, or en temps de crise les intérêts sont élevés, très élevés. Ainsi, vous contribuez au développement de votre banque et renforcez les assises du capital. Money makes the world go round

Nous voilà arrivés à la fin de la plaidoirie. Je ne vous cache pas que j’attends avec appréhension que les autres bloggeurs me tombent dessus à bras raccourcis et plaident le non-respect de contrat culturel. Aussi je fais d’avance profil bas, et promets à l’avenir d’aborder des sujets plus proprement culturels, en essayant d’en faire quelque chose de malgré tout funky. Cependant, étant ce que je suis, il était presque naturel que mon premier vrai post traite de ce sujet – le découvert bancaire, j’en ris, c’est moi qui l’ai inventé.
Je vous abandonne en espérant vous avoir convaincus, et surtout en laissant à votre discrétion de déceler au gré des myriades de clichés et autres blagues de mauvais goût, des clins d’œil culturels, voire un point de vue réel sur le phénomène social de la boutique.

Sur ces bonnes paroles, bonne nuit à vous tous, et n’oubliez pas, demain, on shoppe ce qu’on peut !

shopaholic

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2 commentaires leave one →
  1. Toyboy permalink
    3 août 2009 10:09

    « me tombent dessus à bras raccourcis »

    http://mabdfavorix.free.fr/personnages/secondaire/abraracourcix.gif ?

    (je suis déja sorti…)

  2. Syracuse Cat permalink
    6 août 2009 16:08

    Ben moi, je trouve ça très bien : la prochaine fois que j’irai dépenser de l’argent qui serait sans doute mieux employé ailleurs, je le ferai la tête haute, car je sais désormais que oui, le shopping est une activité culturelle…
    Tu as d’ailleurs oublié de parler (me semble-t-il) de l’importance de notre soutien à l’industrie de la haute-couture et du prêt-à-porter, activité de création artistique s’il en est.

    Iwayado vous dit bonjour, tiens.

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